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Savez-vous que le trou dans la languette des canettes, n’est pas pour y mettre une paille

Pour certains, c’est un geste automatique lors de l’ouverture de leur boisson gazeuse préférée : replier la petite languette de la canette, la faire tourner et y insérer une paille, pensant que ce petit trou a été spécifiquement inventé à cet effet. Ce n’est pas le cas !

Le petit trou ovale présent sur toutes les canettes de soda cache un petit secret technique très intéressant, qui n’a rien à voir avec l’utilisation d’une paille. Voici l’histoire méconnue de ce petit mécanisme.

L’histoire méconnue d’une invention révolutionnaire

L’aventure de la languette moderne commence en 1962 avec une petite anecdote. Ermal Cleon Fraze, un ingénieur américain, se retrouve lors d’un pique-nique face à un problème que beaucoup ont connu : pas de décapsuleur sous la main pour sa canette de bière. Contraint d’improviser, il utilise le pare-chocs de sa voiture pour ouvrir sa canette, une expérience frustrante qui va changer l’histoire de l’emballage.

Cette mésaventure inspire à Fraze une idée géniale : intégrer directement un système d’ouverture sur la canette elle-même. En 1963, il conçoit la première languette détachable, éliminant définitivement le besoin d’un outil externe. Cette innovation connaît un succès immédiat et transforme radicalement la consommation de boissons.

C’est en 1975 qu’apparaît la languette de canette telle qu’on la connaît aujourd’hui. Daniel Cudzik, employé de la Reynolds Metals Company, invente une languette qui reste entièrement attachée à la canette, contrairement à l’ancienne version qui était jetable. Mais Cudzik ne se contente pas de fixer la languette. Il lui ajoute un élément apparemment insignifiant mais techniquement crucial : le fameux petit trou ovale. Contrairement à la croyance populaire, ce trou n’est pas destiné à maintenir une paille en place, mais sert à réduire l’effort nécessaire pour perforer le couvercle en aluminium, en agissant comme un petit levier.

En effet, l’efficacité du dispositif s’explique par des concepts mécaniques testés et prouvés : le trou transforme la languette en un petit levier et divise la force nécessaire pour soulever le couvercle. En utilisant ce mécanisme, la languette parvient à perforer le couvercle en aluminium avec un effort moins intense que si elle n’était pas trouée.

Quand l’ingénierie rencontre l’écologie

Le procédé industriel mis en place par Daniel Cudzik a été breveté en juillet 1976 sous le nom de “Stay-On-Tab” (“languette qui reste attachée”). En plus de rendre l’ouverture pratique, cette innovation reste aujourd’hui une excellente solution du point de vue économique, mais aussi écologique :

Du point de vue économique, mettre un trou dans la languette permet d’économiser sur les matières premières et de dégager une marge plus importante pour les fabricants. Ce détail peut paraître superflu, mais sur les milliards de canettes produites en France chaque année, l’économie est conséquente. De plus, ce n’est pas uniquement le trou qui permet d’économiser.

Depuis l’invention de Cudzik, le design de la languette a continué d’évoluer de façon subtile. Les ingénieurs travaillent sur l’optimisation des formes, l’amélioration de l’ergonomie du mécanisme et la réduction de son impact environnemental. Chaque modification, si minime soit-elle, est testée rigoureusement avant d’être déployée à l’échelle industrielle. Cette économie de matière première, multipliée par les milliards de canettes produites annuellement, représente à la fois des milliers de tonnes d’aluminium préservées, et une augmentation des bénéfices pour les marques. Aujourd’hui, le poids moyen d’une canette est inférieur à 20 grammes. Cette légèreté, combinée à sa résistance, fait de la canette l’un des emballages les plus efficaces jamais conçus en termes de rapport poids/volume, et c’est ce qui l’a rendue si populaire auprès des français :

En 2024, la canette est devenue le deuxième emballage le plus vendu dans les magasins français, devant le verre, témoignant de son succès commercial croissant. Les chiffres sont vertigineux : chaque année, environ 5 milliards de canettes sont commercialisées en France, soit plus de 75 canettes par habitant !

Le défi constant du recyclage

Avec cette popularité toujours croissante, le recyclage des canettes reste en France un défi majeur. La filière estime qu’environ une canette sur deux est recyclée, un taux qui est bien inférieur à la moyenne européenne de 75 %.

L’ambition est claire et chiffrée : atteindre 90% de canettes recyclées d’ici 2030. Pour concrétiser cet objectif ambitieux, les organisations organisent une stratégie collaborative inédite à travers une charte fédératrice qui réunit l’ensemble des parties prenantes : acteurs publics, entreprises privées et collectivités territoriales.

Ainsi, après le “projet métal” (centres de tri d’emballages métalliques) et surtout le programme “Chaque Canette Compte”, qui a célébré en 2024 ses 15 années de collecte hors domicile, les acteurs de la filière souhaitent passer un nouveau cap avec une “Charte d’engagement pour l’accélération de la collecte des canettes en aluminium”. Cette nouvelle initiative se base sur quatre piliers afin d’augmenter la part des canettes recyclées en France : le recueil des données, la sensibilisation, la collecte hors-foyer et des dispositifs de tri plus nombreux. La charte réunit déjà plusieurs grands acteurs du secteur, comme France Aluminium Recyclage, Aluminium France, le Cercle National du Recyclage ou encore Villes de France.

La prochaine fois que vous ouvrirez une canette, prenez donc un instant pour apprécier l’ingéniosité de sa fabrication et les défis écologiques qu’elle permet de relever. Et bien sûr, n’oubliez pas de la jeter dans le bac des déchets recyclables !

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