Jason Statham distribue des mandales comme personne, le visage sérieux et son accent à couper au couteau comme marque de fabrique. Depuis ses débuts dans Arnaques, Crimes et Botaniques de Guy Ritchie, l’acteur en a parcouru du chemin… jusqu’à atterrir parmi les discrètes sorties sur Prime Video.
Mais avant d’être confiné à des blockbusters d’action risibles comme Expendables 4 ou plus récemment The Working Man, Statham avait fait la démonstration d’un talent comique qu’on ne lui connaît que trop peu… et qui pourtant fait mouche à chaque fois. Ça tombe bien, TF1 offre à ses spectateurs une occasion rêvée de le découvrir par eux-mêmes. La première chaîne profite du calme estival pour rediffuser Spy, comédie d’action qu’on ne se lasse pas de revoir (avec le second degré nécessaire).
Espionne malgré elle
Sorti au cinéma en 2015, Spy par Paul Feig suit Susan Cooper, une modeste et discrète analyste de la CIA qui guide à distance les espions les plus efficaces de l’agence. C’est particulièrement vrai pour Bradley Fine, dandy anglais pour lequel elle craque secrètement. Mais quand Fine disparaît que et que la couverture de tous les agents de l’agence est compromise, Susan Cooper n’a d’autre choix que d’aller sur le terrain. Elle va être affublée d’un comparse aux méthodes peu conventionnelles, mais au style… inimitable.
Cet agent, c’est Rick Ford incarné par Jason Statham. Dès son apparition, il paraît évident que les partitions comiques lui vont comme un gant. Avec une Melissa McCarthy excellente dans le même registre, le Britannique apparaît comme le parfait contrepied à cette analyste qui réfléchit (généralement) chacun de ses plans avant de se lancer. Une vraie bonne idée pour un film qui s’empare de tous les codes du film d’espionnage pour mieux les tordre.
Pourquoi ça marche ?
Tout simplement parce que Jason Statham fait exactement ce qu’il fait dans l’intégralité de sa filmographie, mais avec un film qui a compris tout le ridicule de ses “répliques coup de poing”, qui moque la masculinité à outrance et qui trouve aussi le moyen de rendre cette brute épaisse drôle malgré elle. Comme le fait remarquer Susan Cooper au détour d’une scène, le personnage est “intense”, trop intense pour être pris au sérieux.
Il a bu 127 poisons (d’un coup) pour développer une immunité, a vu sa petite amie se faire jeter d’un avion pour atterrir dans les hélices d’un second et se faire déchiqueter. Il est persuadé qu’une machine à chirurgie esthétique pourra lui offrir un nouvel anonymat, en bref, c’est un peu un adolescent qui joue à l’espion sans s’inquiéter des conséquences.
Alors oui, c’est c**, et même un peu facile, mais c’est assez ludique pour que l’on attende chacune de ses apparitions avec impatience. L’alchimie avec McCarthy est évidente, fait tenir le récit cousu de fil blanc. Si l’héroïne livre quelques scènes mémorables, Jason Statham est pour beaucoup dans la réussite de ce pastiche.
En 2025, Ford serait sans doute un influenceur masculiniste qui fait la promotion du régime carnivore ou qui s’arrache les cils pour éliminer toute trace de “féminité”. Ici, il est un agent qui ne respecte pas les ordres, jure comme un charretier et qui ne quitte jamais son nécessaire du petit espion. Et c’est à peu près tout ce qu’on demandait.
Et après ?
Si Jason Statham s’est particulièrement fait remarquer dans Snatch, et que cela reste son meilleur rôle depuis, on aurait pu espérer que sa prestation dans le film de Paul Feig donne des idées à d’autres metteurs en scène pour lui offrir des partitions du genre. Mais même chez Guy Ritchie, on n’a plus vu Statham avoir l’air de prendre autant de plaisir.
La grosse déception restera Operation Fortune : Ruse de Guerre sorti en catimini sur Prime Video en France et qui n’arrivait jamais à choisir entre la parodie décomplexée du film d’espionnage… et le film d’espionnage bien bourrin. On se contentera donc de retrouver Statham, le sérieusement méchant, mais non moins réjouissant, dans The Beekeeper 2 ou peut-être Fast and Furious 11.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.