Lorsque les édulcorants artificiels ont commencé à se démocratiser dans les années 1980, ils étaient présentés comme une alternative plus saine au sucre, dont l’impact sur la santé commençait à être très bien documenté. Mais de plus en plus de travaux suggèrent désormais que ces édulcorants ne sont pas aussi inoffensifs qu’on le pensait autrefois. Une nouvelle étude a notamment mis en évidence une association préoccupante entre la consommation de certains édulcorants et le déclin cognitif.
L’étude en question a été publiée le 3 septembre dans Neurology, une revue scientifique solide qui fait partie des références dans ce domaine. Ses auteurs ont examiné sept édulcorants à faible teneur en calories ou sans calories : l’aspartame, la saccharine, l’acésulfame K, l’érythritol, le xylitol, le sorbitol et le tagatose. Tous ces composés sont majoritairement utilisés dans la préparation d’aliments ultra-transformés tels que des sodas, des boissons énergétiques ou encore des desserts.

Un lien statistique inquiétant
L’objectif de l’équipe était de déterminer dans quelle mesure leur consommation pourrait être associée aux capacités cognitives de la population. Pour ce faire, ils ont suivi un corpus conséquent de 12 772 patients, âgés de 52 ans en moyenne, sur une période de huit ans.
Chaque participant a commencé par remplir un questionnaire de base sur ses habitudes alimentaires au cours de l’année précédente. Cela a permis aux chercheurs de les répartir dans trois groupes distincts en fonction de leur consommation d’édulcorants artificiels.
À partir de là, les patients ont été soumis à trois batteries de tests cognitifs (mémoire, vitesse de raisonnement, attention…) au début, au milieu et à la fin de l’étude. Les chercheurs ont ainsi pu analyser l’évolution de leurs capacités cognitives selon leur régime alimentaire.
Ils ont ainsi mis le doigt sur une tendance préoccupante : statistiquement parlant, les facultés cognitives ont tendance à décliner plus rapidement chez les plus gros consommateurs d’édulcorants artificiels. Cela concerne notamment certains des édulcorants les plus courants, comme l’aspartame et l’acésulfame K. Parmi les sept produits testés, seul le tagatose ne semble pas avoir d’impact quantifiable.
D’autres études sont nécessaires
Il convient toutefois d’être prudent dans l’interprétation des résultats, puisque ces travaux reposent largement sur les déclarations personnelles des participants, qui peuvent comporter des imprécisions. Une limite dont les chercheurs sont parfaitement conscients. « Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer nos conclusions », explique Claudia Kimie Suemoto, co-auteure de l’étude à l’Université de São Paulo.
Il s’agit néanmoins d’une étude à grande échelle sur plusieurs milliers de participants et sur une longue durée. Cette tendance statistique représente donc un signal d’alerte significatif qu’il serait imprudent d’écarter.
C’est d’autant plus vrai que ces édulcorants ont déjà été pointés du doigt par d’autres études. En 2023, l’Organisation mondiale de la Santé a classé l’aspartame parmi les substances “possiblement cancérogènes”.
Certes, les preuves concrètes restent limitées et il s’agissait avant tout d’une mesure de précaution. Pour le moment, l’aspartame est toujours considéré comme sûr dans les limites de consommation recommandées.
Mais mis bout à bout, tous ces éléments montrent qu’il devient urgent de multiplier les études sur ce sujet afin de déterminer rigoureusement si ces produits sont véritablement dangereux, et dans quelle mesure.
Le texte de l’étude est disponible ici.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.