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Ce petit papillon cache un énorme secret génétique

Polyommatus atlantica vient de s’adjuger le record du nombre de chromosomes dans le règne animal. Cette particularité pourrait un jour nous offrir de nouvelles stratégies de lutte contre le cancer.

Polyommatus atlantica, plus connu sous le nom d’Azuré de l’Atlas, vient de battre un record marquant : il possède le plus grand nombre de chromosomes parmi tous les animaux multicellulaires connus.

Dans une étude récente, des chercheurs ont établi que ce petit papillon originaire du massif de l’Atlas, en Afrique du Nord, arbore 229 paires de chromosomes.

Certes, ce n’est pas un record absolu pour tous les êtres vivants; certains organismes, notamment des plantes, boxent encore dans une catégorie différente. La petite fougère Ophioglossum reticulatum, par exemple, en compte pas moins de 720 paires. Mais cette dernière est un organisme décaploïde, c’est-à-dire que chaque cellule contient 10 copies de son patrimoine génétique.

Les chromosomes de l’Azuré de l’Atlas, en revanche, existent sous forme de paires, ce qui en fait une espèce diploïde comme la majorité des autres animaux connus. Dans cette catégorie, ce papillon n’a absolument aucun concurrent. Pour référence, les humains disposent de 23 paires de chromosomes. Les plus proches concurrents de l’Azuré, à savoir le papillon Agrodiaetus et le crabe royal du Kamtchatka, sont loin derrière avec 134 et 104 paires de chromosomes, respectivement.

Un étrange mécanisme évolutif

Selon les auteurs, affiliés à l’institut Wellcome Sanger au Royaume-Uni et à l’Institut de biologie de l’évolution à Barcelone, ce nombre record résulte d’un mécanisme évolutif extrême et encore relativement mystérieux.

Ils suspectent que les chromosomes non-sexuels de Polyommatus atlantica auraient traversé plusieurs centaines d’épisodes de fragmentation. En l’espace de trois millions d’années seulement — un délai relativement court à l’échelle de l’évolution — leur nombre serait passé de 24 à 229 paires.

Polyommatus Atlantica Chromosomes
© Wright et al., Current Biology, 2025

Évolutivement parlant, ce genre de processus est généralement considéré comme néfaste. Lorsque des changements aussi radicaux surviennent dans l’architecture génétique d’une espèce, de nombreuses fonctions essentielles, comme la réplication des chromosomes ou la division cellulaire, peuvent être altérées.

Pourtant, cela n’a pas empêché l’Azuré de survivre et même de proliférer, suggérant que ces épisodes de fragmentation pourraient être la clé d’un mécanisme évolutif important, susceptible d’avoir contribué à la diversité des espèces actuelles.

« La fragmentation des chromosomes a été observée chez d’autres espèces de papillons, mais jamais à un tel degré, ce qui laisse penser que ce processus repose sur des facteurs importants que nous pouvons désormais explorer », explique Roger Vila, biologiste à l’Institut de biologie de l’évolution de Barcelone et co-auteur de l’étude.

« Puisque les chromosomes recèlent tous les secrets d’une espèce, étudier si ces changements influencent le comportement d’un papillon pourrait permettre de mieux comprendre comment et pourquoi de nouvelles espèces apparaissent », ajoute-t-il.

Des retombées potentielles en médecine

Au-delà de la biologie fondamentale, cette découverte pourrait même avoir des retombées dans le domaine médical.

En effet, ces réarrangements chromosomiques à grande échelle jouent également un rôle central dans les cellules cancéreuses. Ce sont précisément ces changements qui leur confèrent leur potentiel destructeur en provoquant une instabilité génomique, source de croissance incontrôlée et de malignité.

© National Cancer Institute

En comprenant mieux les mécanismes qui ont permis à l’Azuré de l’Atlas d’acquérir autant de chromosomes, les chercheurs pourraient identifier de nouvelles stratégies pour lutter contre cette maladie.

« Le réarrangement des chromosomes est également observé dans les cellules cancéreuses humaines, et la compréhension de ce processus chez le papillon bleu de l’Atlas pourrait contribuer à trouver des moyens de limiter, voire d’arrêter, ce phénomène dans les cellules cancéreuses à l’avenir », conclut Max Blater, auteur référent de l’étude.

Le texte complet de l’étude est disponible ici.

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