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Ce fossile célèbre pourrait appartenir à une espèce humaine inconnue

Cette découverte nous forcera à établir une réécriture complète de nos origines : un ancêtre que personne n’attendait vient de s’accrocher à notre arbre généalogique !

Découvert en 1994 dans les profondeurs des grottes de Sterkfontein en Afrique du Sud, le fossile Little Foot (nom technique : StW 573) est le squelette d’hominine ancien le plus complet jamais exhumé, conservé à plus de 90 %. Il aura fallu plus de vingt ans de patience au paléoanthropologue Ronald Clarke pour en libérer tous les os de sa gangue de roche.

Depuis qu’il a été exhumé, les scientifiques tentaient désespérément de faire entrer Little Foot dans l’une des deux cases, des espèces déjà répertoriées sur le site : Australopithecus africanus ou Australopithecus prometheus. Une entreprise qui n’a jamais connu de succès, jusqu’à la fin du mois de novembre 2025, lorsque des chercheurs de l’Université de La Trobe et de Cambridge ont publié cet article dans la revue American Journal of Biological Anthropology. Little Foot ne ressemble à aucune de ces deux espèces, et, selon le Dr Jesse Martin, qui a dirigé ces travaux, les traits de ce spécimen sont uniques.

« Nous avons les preuves que ce fossile n’appartient ni à la lignée des africanus, ni à celle des prometheus. Tout porte à croire que nous sommes face à un parent de l’humanité dont nous ignorions tout jusqu’ici », explique le chercheur. Si Little Foot appartient à une espèce inconnue, cela signifie que plusieurs lignées d’hominines cohabitaient il y a 3 millions d’années. Cette révision taxonomique prouve que nous autres, Homo sapiens, descendons d’un arbre généalogique beaucoup plus touffu et complexe que ce que nous le pensions. L’évolution entière de l’histoire humaine pourrait donc être vouée à être complètement réinterprétée.

Little Foot : un puzzle anatomique insoluble

Le problème de Little Foot, c’est qu’il est presque trop complet pour les chercheurs qui se sont acharnés à travailler dessus : son squelette révèle une telle mosaïque de traits contradictoires qu’il devient impossible de le faire entrer de force dans les cases préétablies de nos cousins connus.

En le réanalysant complètement, l’équipe du Dr Jesse Martin a néanmoins mis le doigt sur des incohérences morphologiques qui n’avaient jamais été découvertes. Là où l’Australopithecus africanus présente une face relativement courte et des dents plus petites, Little Foot, inversement, montre par un visage plus allongé et une dentition massive, évoquant des lignées plus anciennes d’hominines. Pourtant, ses membres inférieurs montrent une adaptation à la bipédie extrêmement avancée, là encore presque trop moderne pour les standards des Australopithèques.

Ce mélange de caractères primitifs (son crâne) et dérivés (ses jambes) fait de Little Foot un véritable hybride, défiant nos classifications taxonomiques habituelles. Le professeur Andy Herries, co-auteur de l’étude, rappelle d’ailleurs que les étiquettes que nous apposons sont parfois basées sur des mythes : « Le nom de prometheus a été défini sur l’idée que ces premiers humains fabriquaient du feu [NDLR : rapport à Prométhée, qui a dérobé le feu sacré à Héphaïstos], ce que nous savons aujourd’hui être faux. Son importance et sa différence par rapport aux autres fossiles montrent clairement la nécessité de le définir comme sa propre espèce unique », insiste-t-il.

Impossible alors que Little Foot soit rattaché à la lignée des A. africanus, puisque sa structure osseuse prouve qu’il a connu une histoire évolutive différente de celle-ci : une voie parallèle encore non répertoriée par la paléoanthropologie. Admettre son existence, c’est accepter que notre arbre généalogique cachait une immense branche qui a prospéré durant des millénaires avant de s’éteindre sans laisser de descendance. « Nous pensons qu’il est démontrable que ce n’est ni l’un, ni l’autre », assène le Dr Martin.

Qui est vraiment Little Foot ?

Si Little Foot n’est ni un africanus ni un prometheus, il est donc l’ambassadeur d’une troisième lignée sud-africaine qui attend encore son nom officiel. « Nos conclusions remettent en question la classification actuelle de Little Foot et soulignent la nécessité d’une taxonomie plus rigoureuse et factuelle concernant l’évolution humaine », continue le Dr. Martin.

Cette remise en question taxonomique nous oblige, par conséquent, à admettre que plusieurs espèces d’hominines ont été « testés » par l’évolution, faisant de notre propre existence le résultat d’une sélection parmi une multitude de branches aujourd’hui éteintes.

Pour Andy Herries, co-auteur de l’étude, les différence morphologique qu’il porte sont trop criantes pour être ignorées : « Son importance et sa différence par rapport aux autres fossiles montrent clairement la nécessité de le définir comme sa propre espèce unique ». Si de telles distinctions existaient il y a 3 millions d’années, cela implique que le patrimoine biologique dont est issu le genre Homo était infiniment plus riche que ce que nos modèles actuels laissent supposer. Notre propre genèse s’est certainement déroulée dans une véritable jungle, où des dizaines d’espèces, aujourd’hui disparues et qui n’ont pas laissé de traces, vivaient en compétition ou en cohabitation. Nous sommes donc les survivants d’un carrefour évolutif buissonnant, aux routes pavées de lignées fantômes, dont certaines ne nous parviendront peut-être jamais : Little Foot vient de nous en apporter la preuve.

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