Un stade de 80 000 personnes qui allument leur smartphone en même temps. Une zone sinistrée après un tremblement de terre, sans une seule antenne debout. Ce sont ces deux situations que des chercheurs du Stevens Institute of Technology ont prises comme point de départ. Leur réponse, c’est un essaim de drones capable de faire office de réseau mobile temporaire, déployable en quelques minutes.
AURA-GreeN : une micro-application embarquée dans le réseau
Le système s’appelle AURA-GreeN, et fonctionne comme une xApp, une micro-application embarquée dans un contrôleur réseau Open RAN. Chaque drone du groupe agit comme une unité radio mobile, et le système surveille en continu la qualité du signal, les interférences et la charge du trafic pour décider en temps réel quel drone transmet quoi, comment répartir le spectre disponible et où acheminer les données.
L’avantage sur une antenne fixe est structurel c’est que le réseau se déplace avec les besoins, il n’est pas contraint de couvrir une zone prédéfinie. Les chercheurs revendiquent une amélioration de 460 % de l’âge de l’information, la métrique retenue pour mesurer la fraîcheur des données transmises. C’est à dire que les utilisateurs reçoivent des informations bien plus récentes qu’avec une infrastructure au sol saturée. Ce point précis prend tout son sens lors d’opérations de secours, où chaque seconde compte.
Les limites sont réelles et non négligeables
La recherche est solide, les obstacles le sont aussi. Un drone multirotor tient entre 20 et 45 minutes en vol. Maintenir un essaim opérationnel pendant plusieurs heures lors d’une catastrophe implique des rotations de batteries, des équipes au sol et une chaîne logistique complète.
La réglementation pose un problème au moins aussi épineux. En 2026, voler hors ligne de vue au-dessus de zones peuplées exige des autorisations spéciales dans presque tous les pays. La FAA américaine n’a toujours pas finalisé sa règle BVLOS. En Europe, le cadre U-Space de l’EASA est en place, mais les vols urbains hors ligne de vue restent soumis à validation nationale au cas par cas. Un essaim envoyé en urgence au-dessus d’une ville sinistrée devrait donc obtenir des dérogations en temps réel.
Le vent fort et les basses températures réduisent par ailleurs significativement l’autonomie des batteries LiPo équipant la majorité des drones civils. Précisément les conditions d’une catastrophe hivernale.
Ying Wang, qui dirige les recherches, envisage déjà d’intégrer d’autres vecteurs aériens : taxis volants, drones à voilure fixe à plus longue endurance. L’idée d’un réseau aérien adaptatif, capable de se superposer à l’infrastructure au sol défaillante, a une logique évidente. Les verrous techniques et réglementaires à lever avant un déploiement à grande échelle sont nombreux. Même si les résultats de recherche sont là, le reste suit rarement au même rythme.
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