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La Poste enterre les boîtes aux lettres, voici ce qui les remplace

Elles faisaient partie du paysage depuis les années 1960. Devant les mairies, au coin des rues de village, parfois au bout d’un chemin de campagne. Les boîtes aux lettres jaunes de La Poste semblaient inamovibles. Elles ne le sont plus.

Depuis le 1er février 2025, La Poste retire progressivement ses boîtes de collecte. Le rythme est soutenu : plus de 6 300 suppressions en moins d’un an, soit environ 25 par jour. Cela représente plus de 5 % d’un parc qui comptait encore 122 000 unités en 2024. Dans certains départements ruraux, la réduction dépasse déjà les 10 %.

Une logique comptable difficile à contester

Le volume de courrier traité en France est passé de 18 milliards de plis à 6 milliards en quinze ans. La trajectoire ne s’inverse pas, les projections tablent sur moins de 3 milliards d’ici 2030. Certaines boîtes ne reçoivent aujourd’hui qu’une fraction de lettre par jour. Le courrier confié à La Poste est par ailleurs constitué à plus de 95 % d’envois professionnels. Les particuliers, eux, ont largement migré vers le numérique. Du coup, maintenir un réseau dense de points de collecte relève davantage de l’héritage que du besoin opérationnel.

Mais le problème, c’est la méthode. Dès le printemps 2025, la presse régionale a commencé à relayer le mécontentement d’élus découvrant des suppressions décidées sans consultation préalable. Le maire de Moriat, dans le Puy-de-Dôme, a appris la nouvelle d’une façon pour le moins expéditive avec un morceau de papier “HS” collé sur l’une de ses deux boîtes, et un facteur qui confirme la suppression programmée. La commune compte moins de 400 habitants. Et ce cas n’est pas isolé puisqu’en Moselle, trois des quatre boîtes de Servigny-lès-Sainte-Barbe ont disparu d’un coup. En Côte-d’Or, le maire de Corberon a exigé la réinstallation des trois boîtes retirées. Même scénario dans plusieurs communes rurales où les élus n’avaient tout simplement pas été informés.

Ce qui prend officiellement le relais

La Poste met en avant un réseau de substitution avec environ 6 700 points de contact sur le territoire, entre bureaux de poste, agences postales communales installées en mairie et commerces partenaires agréés. Quand une boîte disparaît dans un village, le dépôt est renvoyé vers le bourg le plus proche. Pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, il existe le service “Allo Facteur”, accessible via le 3631, qui permet d’obtenir le passage d’un facteur à domicile dès le lendemain pour collecter le courrier. Gratuit, mais encore très méconnu.

Le problème que pointent les élus est simple, ces alternatives supposent une voiture, une connexion ou une autonomie que tous les habitants des zones concernées n’ont pas. Remplacer une boîte à 200 mètres de chez soi par un point de dépôt à 8 kilomètres, c’est techniquement un maintien du service. Concrètement, c’est autre chose.

Malheureusement, il y a un gros vide juridique qui pose problème, car la densité minimale des bureaux de poste est encadrée par la loi, mais celle des boîtes aux lettres, non ! La Poste peut donc retirer une boîte sans obligation de consultation, sans seuil minimal garanti, sans recours formel pour les communes. Le député Bastien Lachaud (LFI) a interpellé le gouvernement sur ce vide juridique en novembre 2025, demandant la création d’un cadre légal. La réponse, publiée en février 2026, a renvoyé vers les alternatives existantes sans s’engager sur un plancher réglementaire.

La suppression des boîtes jaunes s’inscrit dans une série bien connue : cabines téléphoniques, bureaux de poste, etc. Chaque retrait supplémentaire renforce un sentiment d’abandon dans les territoires ruraux, surtout là où ni la voiture ni internet ne sont des évidences. Le contrat de présence postale territoriale, doté de 174 millions d’euros de financement public annuel, a été prolongé jusqu’à fin 2026, sans nouvelle gouvernance à la tête du groupe pour en redéfinir les contours. Le rythme des suppressions, lui, ne ralentit pas.

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