Depuis cinq siècles, les historiens d’art, les mathématiciens et les passionnés de Léonard de Vinci s’accordent sur un point : l’Homme de Vitruve serait construit autour du Nombre d’Or, ce fameux ratio de 1,618 censé incarner la perfection universelle. Sauf que ça ne tombe pas juste. Mesurez précisément le dessin original et vous n’obtenez jamais 1,618. Et pour quelqu’un qui ne laissait rien au hasard, c’est un problème. Un chercheur vient de proposer une explication radicalement différente, et sa thèse a de quoi surprendre bien au-delà du monde de l’histoire de l’art.
1,618 ou 1,633 : un écart qui change tout
Rory Mac Sweeney a publié en juin 2025, dans le Journal of Mathematics and the Arts, une analyse minutieuse des proportions de l’Homme de Vitruve. Sa conclusion est que le ratio qui gouverne réellement le dessin ne serait pas le Nombre d’Or, mais le ratio tétraédrique, soit 1,633. En calculant le rapport entre l’écartement des pieds et la hauteur du nombril, il obtient une valeur comprise entre 1,64 et 1,65, mathématiquement bien plus proche de 1,633 que de 1,618.
Pour soutenir sa thèse, Mac Sweeney ne s’appuie pas uniquement sur les mesures. Il cite les instructions manuscrites que Vinci a griffonnées autour du dessin lui-même : “Si vous écartez les jambes […] l’espace entre vos jambes formera un triangle équilatéral.” Un triangle équilatéral. Pas un rectangle d’or.
C’est là que l’affaire prend une dimension inattendue. Le ratio tétraédrique décrit la structure d’un tétraèdre (une pyramide à quatre faces triangulaires) qui est, en physique des matériaux, l’une des formes d’organisation les plus stables qui existent dans la nature. Quatre atomes liés à un centre selon un angle de 109,5°, une configuration que la matière adopte spontanément dès qu’elle cherche à s’organiser de manière compacte et efficace.
Le diamant repose entièrement sur cette géométrie. Le silicium aussi, le même silicium qui constitue la base de tous nos processeurs et de toute l’électronique moderne. La molécule d’eau s’organise en tétraèdre. Certains virus utilisent des structures voisines pour protéger leur matériel génétique. Le tétraèdre n’est pas un concept abstrait, c’est la forme que la matière choisit quand elle veut être efficace.
Or Léonard de Vinci l’aurait, selon Mac Sweeney, appliqué à l’anatomie humaine, plusieurs siècles avant que la cristallographie ne formalise ces principes.
Une intuition que l’Église n’aurait pas appréciée
Mac Sweeney fait un parallèle frappant avec le triangle de Bonwill, décrit en 1864 par un dentiste américain, il s’agit d’un triangle équilatéral de dix centimètres reliant les deux articulations de la mâchoire aux incisives centrales, qui permet à notre bouche d’exercer une pression maximale avec un minimum d’effort. Même logique géométrique, même efficacité structurelle. Le corps humain, organisé selon les mêmes règles que les cristaux.
Si cette interprétation est correcte, elle implique quelque chose d’assez vertigineux car Vinci aurait pressenti que le corps humain n’est pas une exception divine, mais un objet physique qui obéit aux mêmes contraintes géométriques que n’importe quel autre assemblage de matière. Une intuition qui, formulée clairement à l’époque, aurait frôlé l’hérésie.
La prudence de l’artiste à dissimuler ses hypothèses les plus radicales dans ses œuvres prend alors un relief particulier…
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