Du pain, des pâtes, des pommes de terre. Le menu du quotidien de millions de Français cache une contamination massive. Ce mercredi 25 mars, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a publié l’expertise la plus complète jamais conduite sur l’exposition des Français au cadmium, un métal lourd classé cancérogène certain depuis 1993 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Résultat : la situation est “préoccupante”, et elle empire.
Près de la moitié de la population adulte, soit 47,6%, dépasse les valeurs toxicologiques de référence fixées pour protéger la santé. Concrètement, un Français sur deux est exposé au cadmium dans son quotidien, principalement à travers ce qu’il mange. Et cette imprégnation, souligne l’Anses, est en augmentation.
Un problème français, trois à quatre fois plus grave qu’ailleurs en Europe
Ce qui rend le rapport de ce mercredi particulièrement inquiétant, ce n’est pas seulement l’ampleur de la contamination, mais plutôt le fait que la France soit le pays le plus touché d’Europe. Les niveaux d’imprégnation chez nous sont “jusqu’à trois ou quatre fois supérieurs” à ceux observés en Belgique, en Angleterre ou en Italie.
L’explication est largement agricole. L’alimentation est responsable de 98% de l’imprégnation au cadmium chez les non-fumeurs, et le cadmium qui atterrit dans les assiettes arrive d’abord dans les sols, via les engrais minéraux enrichis au phosphate, particulièrement riches en métaux lourds. L’INRAE estime que ces engrais sont responsables de 60 à 75% des apports de cadmium dans les sols agricoles français. Une fois dans le sol, le métal est absorbé par les plantes. Une fois dans les plantes, il finit dans les aliments, et s’accumule dans les reins de celles et ceux qui les consomment. Dans le corps, il ne s’évacue qu’au bout de plusieurs décennies.
Des recommandations timides, et insuffisantes
L’Anses le reconnaît explicitement : il n’est “pas pertinent de formuler des recommandations en termes de choix individuels” pour lutter contre la contamination au cadmium, pour la simple et bonne raison que cela ne sert à rien. La contamination est trop importante, et la durée de vie du cadmium dans l’organisme trop longue. Pour espérer endiguer la situation à long terme, c’est toute la chaîne agricole française qu’il faut repenser, en interdisant les engrais controversés et les pratiques agricoles intensives.
L’Anses préconise depuis 2021 d’abaisser la teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilogramme. En 2026, le seuil réglementaire en France est toujours de 90 mg/kg, plus du double de la norme européenne déjà jugée insuffisante. Une mise en conformité partielle est prévue en juillet 2026, avec un abaissement à 40 mg/kg. Mais même si cette mesure était appliquée demain, la décontamination des sols agricoles s’étalerait sur plusieurs décennies.
C’est d’autant plus problématique que le nouveau rapport de l’Anses documente pour la première fois de manière précise l’ampleur des effets sanitaires potentiels. Atteintes rénales irréversibles, fragilité osseuse, risques accrus de cancers du poumon, du pancréas, de la prostate ou du sein, perturbations du neurodéveloppement chez les enfants, effets cardiovasculaires : le cadmium touche l’organisme sur de nombreux fronts, à des doses que la moitié des Français dépasse chaque jour.
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