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Vivre sur la Lune : comment l’organisme humain réagit face à un milieu si hostile

On comprend un peu mieux pourquoi les astronautes sont triés sur le volet pour les missions lunaires. Si l’enfer existe vraiment, la Lune s’approche dangereusement de sa définition : radiations, absence d’atmosphère, gravité ; un cocktail mortel.

Après le succès du décollage d’Artemis II, dont l’équipage nous a déjà offert de splendides clichés de leur épopée, l’occasion était trop belle pour louper ce petit exercice théorique. Le programme Artemis prévoit à terme, d’établir une présence humaine permanente sur notre satellite naturel ; hommes et femmes vivront donc un jour sur le sol sélenne. Un projet de colonisation contre-nature, qui mettra leurs organismes à rude épreuve. Car si nous savons techniquement relier la Terre à la Lune, notre biologie reste prisonnière des lois de la physique terrestre. La Lune, une terre promise ? Pas vraiment, non.

Homo sapiens : l’espèce incompatible avec la Lune

Sur Terre, la gravité exerce une force de 9,81 m/s2 qui tire nos 5 litres de sang vers le bas. Pour compenser cette masse de liquide qui pèse sur nos membres inférieurs, notre cœur s’est adapté et repousse le sang vers le haut pour forcer l’irrigation du cerveau contre la pesanteur.

Dès lors qu’un être humain pose le pied sur la Lune, cette résistance chute de 83 %, car son poids, produit de la masse par la gravité locale, ne représente plus qu’un sixième de la valeur terrestre. Son cœur, programmé par des millions d’années d’évolution, continuera donc de pomper avec la même intensité. La gravité étant insuffisante pour ramener les fluides vers ses jambes, le sang et le liquide céphalo-rachidien s’accumulent dans la partie supérieure de son corps.

Sous l’effet du manque de gravité, la pression du liquide céphalo-rachidien derrière les yeux augmente jusqu’à modifier la forme du globe oculaire et faire gonfler le disque du nerf optique. Ce phénomène, documenté sous le nom de syndrome SANS, dégrade la vue de manière irréversible en écrasant le nerf optique contre sa propre gaine.

Le cerveau lui-même, baignant dans un surplus de liquide qui ne s’évacue plus par les voies habituelles, subit une montée en pression car le liquide crânien ne redescend plus vers la colonne vertébrale. Les ventricules cérébraux s’élargissent et compriment la matière grise contre les parois de la boîte crânienne, perturbant la neuroplasticité et les fonctions cognitives supérieures.

Le système vasculaire cérébral, lui aussi, prend de sacrés coups : les artères fatiguent car elles sont en état de surpression hydrostatique. À terme, cela fragilise les parois des vaisseaux sanguins, préparant un terrain idéal pour des anévrismes ou des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Sur la Lune, il n’y a aucune magnétosphère pour protéger l’organisme du rayonnement cosmique galactique. Même à l’abri derrière une combinaison ou un habitat spécialement conçu, les particules ionisantes brisent les chaînes d’ADN, et provoquent des mutations génétiques très difficiles à réparer pour l’organisme. Le système immunitaire, fortement sollicité par la production de molécules inflammatoires et par le nettoyage des cellules endommagées, entre dans un état d’hypersensibilité et vieillit prématurément.

Dernière grosse menace : la poussière lunaire (le régolithe) est composée de fragments de roche volcanique tranchants comme du verre, car ils n’ont jamais été polis par l’érosion. Si elle est inhalée, ces particules se logent dans les poumons, qui ne parviennent pas à l’évacuer, contrairement à la majorité des poussières terrestres. Le régolithe provoque ainsi des lésions similaires à l’amiante et il est très abrasif pour les équipements.

Si la Lune est aussi hostile, comment est-ce possible un jour d’envisager que l’Homme puisse s’y établir et y prospérer ? Parce que, rappelons-le, c’est l’objectif absolu du programme Artemis, et la NASA est évidemment parfaitement consciente de ces risques. Habitats blindés sous-terrain pour bloquer les radiations et protéger les colons de la poussière, capteurs portables pour anticiper les problèmes de santé, protocoles d’entraînement physique intenses, centrifugeuses pour simuler une gravité artificielle… Les moyens sont là, mais les premiers « chanceux » qui passeront quelques semaines ou mois sur la Lune seront tout de même des poissons hors de l’eau. Le risque zéro n’a jamais fait partie de cet exil forcé et l’agence américaine assume pleinement le rôle qu’elle a attribué à ces équipages : des pionniers qui troquent leur confort terrestre contre une place dans l’histoire… quitte à le payer très cher.

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