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Pourquoi ne voit-on aucun débris spatial sur les photos de l’équipage d’Artemis II ?

« L’Univers est un endroit assez grand […] » expliquait, non sans ironie, le scientifique et astronome Carl Sagan. rien qu’avec ces six mots, vous avez déjà un bout de la réponse.

Lorsqu’on admire les splendides clichés envoyés par l’équipage d’Artemis II, notamment lors de leur survol lunaire, l’espace apparaît immaculé. Il est pourtant de notoriété publique que l’orbite terrestre est aujourd’hui une véritable poubelle, souillé de plusieurs milliers de tonnes de débris spatiaux. Si notre voisinage est à ce point congestionné, pourquoi le sillage de la capsule Orion semble-t-il aussi pur qu’un lagon polynésien ? Une question finalement pas si saugrenue, car elle nous confronte à l’aveuglement de nos propres sens face aux réalités mathématiques et statistiques du vide spatial, dont l’immensité dépasse l’entendement humain.

La solitude de la capsule Orion dans une mer de débris

En réalité, la NASA estime que la concentration la plus dense de déchets se situe environ entre 750 et 1 000 kilomètres d’altitude. Lorsque la fusée a décollé le 1er avril, elle a transpercé cette zone à grande vitesse, quelques minutes seulement après avoir quitté le pas de tir. Les astronautes n’ont pas vraiment eu le loisir de jouer les photographes de l’extrême durant l’ascension fulgurante de la machine.

Entre les forces G qui les clouent à leur siège, la surveillance de la séparation des boosters, de la pression des réservoirs, la validation de l’allumage du second étage du SLS et le maintien du contact radio avec Houston… Ils étaient bien trop occupés, car à cette étape du vol, la moindre seconde d’inattention peut coûter très cher. Quand bien même ils l’auraient souhaité, il n’était pas prévu qu’ils prennent des photos à ce moment-là.

Une fois ce « nuage » franchi, il reste tout de même des débris, mais il est tout bonnement impossible de prendre en photo un quelconque débris depuis l’étroit hublot de la capsule Orion. Entre la vélocité de cette dernière et la vitesse relative des débris qui orbitent à une vitesse proche de 28 000 km/h, le moindre objet croisant leur route ne serait qu’un trait de lumière flou et quasi invisible sur le fond noir du cosmos.

Ce, sans compter que le volume de l’espace entre la Lune et la Terre est d’une immensité telle que la densité réelle de ces déchets est dérisoire face au vide qui les sépare. Même si l’on dénombre 130 millions de fragments de petite taille en orbite, ils sont dispersés dans un océan tridimensionnel de plusieurs milliards de km3.

Ils orbitent, dans l’écrasante majorité des cas, à des centaines de kilomètres les uns des autres, rendant toute interaction physique extrêmement rare (à l’échelle d’un satellite ou d’un vaisseau, tout du moins). Même si le risque de collision augmente statistiquement avec la démocratisation sauvage des mégaconstellations, l’espace peut être à la fois une poubelle débordante et un désert vide, selon l’échelle à laquelle on choisit de le regarder. C’est pourquoi les photos partagées ces derniers jours par la NASA ne sont pas forcément représentatives de la réalité ; elles dépeignent un échantillonnage visuel biaisé : celui des astronautes.

Pour autant, n’oublions pas que nous marchons sur une corde raide qui nous mène tout droit au syndrome de Kessler. Un scénario hypothétique théorisé en 1978 évoquant un point de bascule où la densité d’objets en orbite basse deviendra si élevée qu’une seule collision déclenchera une réaction en chaîne irréversible. Si nous l’atteignons un jour – les probabilités augmentent exponentiellement – le taux de formation de nouveaux fragments par collision surpassera définitivement leur taux de rentrée naturelle dans l’atmosphère. Plus il y a de débris, plus il y a de collisions, et plus les collisions formeront à leur tour des débris qui augmenteront à leur tour la probabilité d’un nouvel impact. Un cycle vicieux dont nous n’avons jamais été aussi proches ; profitons plutôt des belles photos de l’équipage d’Artemis II sans parler de malheur.

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