Dix jour déjà que le SLS (Space Launch System) s’est arraché du pas de tir 39B du centre spatial Kennedy, emportant à son bord Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen dans un long périple vers la Lune. Avec plus de 1 million de kilomètres parcourus au total, ils ont pulvérisé le record de distance maximale jamais atteinte par des êtres humains depuis la Terre (406 778 km). Nous avons eu le droit à de splendides clichés de leur voyage, qui doit s’achever aujourd’hui dans la nuit. L’équipage est prêt à boucler sa mission en surmontant son étape la plus périlleuse : la rentrée atmosphérique à bord de leur capsule, Orion.
Amerrissage prévu au large de la Californie, dans les eaux du Pacifique à à 20 h 07, heure de la côte Est américaine, soit 03 h 07 du matin en France. Ne vous inquiétez pas, la NASA a tout prévu pour que nous puissions savourer l’évènement sans quitter notre canapé ou notre lit.

Bon retour sur Terre : ça va chauffer !
La capsule Orion atteindra l’ « entry interface » (122 km d’altitude) à une vitesse d’environ 40 000 km/h, soit Mach 32. À cette vélocité, les molécules d’air ne peuvent s’échapper assez vite à l’avant de la capsule ; elles sont comprimées avec une telle violence que l’énergie cinétique se convertit en chaleur, ionisant les gaz environnants et formant une enveloppe de plasma. Les températures à la surface de la capsule atteindront environ la moitié de celles de la surface du Soleil, soit approximativement 2 760 °C.
C’est le bouclier thermique qui encaissera, le plus grand jamais construit pour un engin habité. Il est constitué d’une base en titane recouverte de 186 blocs d’Avcoat, un matériau ablatif de 3,8 cm d’épaisseur qui brûle de façon contrôlée pour empêcher la chaleur de se transmettre à la cabine, qui restera à température ambiante.
Pendant cette phase, seulement 24 secondes après l’entrée dans l’atmosphère, les communications avec le sol seront coupées pendant six à huit minutes. Le plasma forme un écran électromagnétique que les ondes radio ne peuvent traverser, et les quatre membres de l’équipage seront donc coupés du monde et les équipes au sol ne pourront pas leur parler.
Dans tous les cas, ils seront bien trop concentrés à supporter les 3,9 G auxquels les soumettra la décélération de la capsule. Leur organisme pèsera alors près de quatre fois son poids normal et la cage thoracique est fortement comprimée, au point de rendre la respiration difficile. Ce n’est pas insupportable pour des astronautes entraînés, mais ce n’est pas non plus une position confortable pour réfléchir : la priorité est de maintenir la tension musculaire, de respirer par à-coups courts et de laisser le pilote automatique faire son travail.
En outre, la NASA a revu l’angle d’entrée de la capsule par rapport à Artemis I. Lors de la mission non habitée qui s’était déroulée en 2022, la capsule avait effectué une « skip entry », une trajectoire calquée sur le principe d’une pierre qui ricoche sur l’eau : Orion plongeait une première fois dans les couches supérieures de l’atmosphère pour freiner, remontait brièvement dans l’espace, puis replongeait pour sa descente finale.
Le problème est apparu lors de la phase de remontée : l’échauffement extérieur a diminué trop rapidement, ce qui a rendu la couche superficielle de l’Avcoat moins perméable. Les couches internes, encore à température extrême, continuaient à produire des gaz par pyrolyse, qui ne pouvaient plus s’échapper vers l’extérieur. Le temps de la rentrée, ils sont montés en pression suffisamment intensément pour faire éclater et éjecter des pans entiers du bouclier.
Pour ne pas répéter la même erreur, la NASA a donc modifié sa trajectoire : la capsule n’effectuera qu’une légère remontée, moins prononcée, avant de descendre avec un angle plus abrupt. Ce, afin de maintenir l’Avcoat en chauffe suffisante tout au long de la séquence, de façon à ce que la couche de char reste perméable et que les gaz issus de la pyrolyse puissent continuer à s’échapper sans créer de surpression.
Une fois le blackout terminé, Orion sera encore à 45 000 mètres d’altitude. À 7 600 mètres, deux parachutes de freinage de 7 mètres de diamètre se déploieront pour ramener sa vitesse à 494 km/h, avant que les trois parachutes principaux ne s’ouvrent et prennent le relais vers 1 800 mètres, amenant la capsule à 38 km/h pour l’amerrissage dans le Pacifique.
Malgré l’enfer qu’ils ont traversé, les astronautes n’apprécient guère ce moment : ils subissent un coup de fouet cervical et le bruit de la sortie des parachutes est assourdissant ; un fort contraste avec le calme relatif de la descente. Un retour à la réalité terrienne un peu brutal, où les lois de la gravité reprennent le dessus. C’est la fin d’une parenthèse de dix jours pendant lesquels ils s’en étaient affranchis, et c’est la houle de la baie de San Diego qui les accueille, ballotant la capsule comme un vulgaire bouchon de liège.
Où et comment suivre l’événement en direct ?
Si vous avez décidé de poser un réveil pour l’occasion – et honnêtement, il y a pire comme raison de se lever à 3 heures du matin – voici comment ne rien rater. La couverture officielle débutera à 00 h 30 (heure française) sur la chaîne YouTube de la NASA et sur NASA+, le service de streaming de l’agence. Gratuit, sans publicités, c’est le moyen le plus simple de pouvoir tout regarder, il est accessible en vous rendant sur sur nasa.gov.
Si vous êtes déjà abonnés à une plateforme, sachez que la NASA a vu en grands et a mobilisé nombre de ses plateformes de streaming partenaires pour l’occasion. Ainsi, Apple TV, HBO Max, Netflix, Discovery+, Amazon Prime Video et même Peacok et Roku diffuseront la rentrée dans son intégralité. Un choix très large qui permettra à l’agence américaine de toucher un maximum de personnes.
Le direct promet d’être animé : entre les vues depuis l’intérieur et l’extérieur d’Orion, les interviews du médecin de la mission, des plongeurs de la Marine américaine qui viendront récupérer l’équipage et le capitaine de l’USS John P. Murtha, le navire dépéché pour aller jusqu’au point d’amerrissage, il y aura beaucoup à écouter et à voir. Une conférence de presse post-amerrissage est prévue à 22 h 30, (heure de Houston), soit 04 h 30 du matin en France, pour les plus courageux d’entre vous. Mais il y a des nuits où regarder un écran jusqu’à l’aube est parfaitement justifié ; si vous pouvez, gardez donc les yeux ouverts. Certaines nuits blanches valent toutes les nuits de sommeil du monde. Godspeed, Artemis II !
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