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Cette maison d’édition va utiliser l’IA pour transformer ses livres en dessins animés et en BD

Le deuxième plus grand éditeur de livres au monde vient de signer un accord avec un studio d’animation dopé à l’IA, pour adapter une partie de son catalogue en séries animées courtes diffusées directement sur YouTube. À part ça, tout va bien.

Un catalogue de plus de 250 000 titres, des lauréats du Pulitzer et du Nobel dans les rangs, une histoire vieille de plus de deux siècles. HarperCollins, deuxième éditeur de livres grand public au monde, aurait pu se contenter de ses acquis. Mais la maison a préféré céder aux sirènes de l’IA, en confiant la traduction de ses romans érotiques français de la collection Harlequin aux robots, et en vendant les droits de plusieurs de ses titres à l’intelligence artificielle. Cette fois, elle passe un nouveau cap.

Un nouveau partenariat qui fait grincer des dents

Le 2 avril 2026, l’éditeur a officialisé un partenariat pluriannuel avec Toonstar, studio d’animation basé à Los Angeles, pour co-produire une série de contenus animés originaux tirés de ses titres les plus populaires. Premier chantier annoncé : Friendship List, la série pour préadolescents signée Lisa Greenwald, qui traite d’amitié, de découverte de soi et des turbulences de l’adolescence. Les épisodes, d’une durée comprise entre deux et dix minutes, seront diffusés directement sur YouTube. Un roman graphique inspiré de la série animée sera aussi publié par HarperAlley, le label de romans graphiques jeunesse de HarperCollins.

Problème : Toonstar n’est pas un studio classique. Fondé par John Attanasio et Luisa Huang, deux anciens de Disney et Warner Bros., le studio s’est constitué autour d’une technologie propriétaire baptisée Ink & Pixel, présentée comme capable de produire du contenu animé rapidement, avec une haute qualité et à grande échelle. En clair : l’IA compresse les délais de fabrication, réduit les coûts et permet d’alimenter en permanence des plateformes comme YouTube, qui récompensent la régularité de publication. Les projets annoncés seront donc en (très) grande partie générés artificiellement.

La promesse commerciale est alléchante. HarperCollins publie environ 10 000 nouveaux livres chaque année dans 16 langues. Avec un outil capable de transformer n’importe quel titre de son catalogue en contenu animé diffusable sous quelques semaines, l’éditeur ouvre une seconde vie massive à des propriétés intellectuelles qui, sans adaptation audiovisuelle traditionnelle, resteraient confinées à une exposition timide. Les auteurs, de leur côté, « seront consultés et percevront des royalties », a précisé une porte-parole de l’éditeur à Publishers Weekly. Une formulation volontairement vague, et qui n’a pas manqué de faire grincer des dents.

Un timing toujours aussi catastrophique

Le timing de l’annonce rappelle fâcheusement un précédent récent. Quelques jours avant le partenariat HarperCollins-Toonstar, Harlequin, division romance du même groupe, avait signé un accord similaire avec Dashverse, une autre société spécialisée dans les séries courtes générées par IA. Problème : plusieurs auteurs dont les titres avaient été sélectionnés pour une adaptation avaient alors indiqué sur les réseaux sociaux qu’ils n’avaient pas été prévenus à l’avance, malgré les assurances sur les royalties.

L’argument du studio est pourtant rodé. L’entreprise assure que Toonstar emploie de « vrais artistes humains » qui collaborent avec la technologie, et que l’approche reste « centrée sur les créateurs ». Officiellement, l’IA sert simplement à accélérer les parties techniques et répétitives du processus d’animation. C’est la même rhétorique que celle d’Harlequin quelques mois plus tôt avec son outil de traduction IA “BrIAn”, où le dernier mot restait, officiellement, aux traducteurs humains. Dans les deux cas, la frontière entre assistance technologique et substitution reste floue, et c’est précisément cette zone grise qui cristallise les inquiétudes.

HarperCollins n’est pas seul. D’autres grands groupes observent, et certains suivront invitablement. La vraie question est de savoir à quelle vitesse les contrats d’auteurs évolueront pour encadrer explicitement ces nouveaux usages.

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