La constipation n’occupe pas forcément le haut du podium dans l’imaginaire collectif lorsqu’on parle de l’espace, ou des vols habités. C’est pourtant un vrai sujet, que Sarah Jane Bunger, directrice mondiale de la recherche et du développement chez Dulcolax, a pris à bras le corps. Vous savez, les petites pilules laxatives que vous pouvez avaler si votre intestin n’est pas coopératif. « J’ai réfléchi à la façon dont les voyages sont, même sur Terre, l’un des principaux déclencheurs de constipation », confie-t-elle. « Tous les facteurs s’y retrouvent réunis pour créer la tempête parfaite. Une fois que vous quittez la Terre, ça ne fait qu’empirer ».
Le transit intestinal chez l’être humain est une fonction physiologique remarquable, dépendante de nombreux facteurs : l’hydratation, les rythmes circadiens, le niveau de stress, la motilité intestinale et, variable qu’on ne pense pas ajouter à cette liste parce que nous n’avons pas pour habitude d’aller larguer les amarres autre part que dans nos toilettes : la gravité. En revanche, les astronautes doivent parfois lutter contre un blocage de leur cargaison, une problématique qui a notamment concerné l’équipage d’Artemis II, qui a en plus été frappé par une panne de toilettes peu après leur décollage.
L’intestin humain : un organe résolument terrien
Lorsque vous mangez, le déplacement du bol alimentaire se fait par un processus appelé le péristaltisme : une série de contractions musculaires coordonnées et ondulatoires, qui propulsent le contenu vers la sortie. La gravité terrienne y participe grandement, puisqu’elle facilite le mouvement du bol alimentaire vers le bas, soulageant d’autant les muscles lisses de l’effort. « C’est pour ça qu’on peut encore avaler sans l’aide de la gravité. Mais son absence a bel et bien un impact là-haut », explique Bunger. Vous voyez venir le problème ?
L’organisme humain – et son système digestif – ayant évolué durant des millions d’années sur Terre, une planète dont la gravité de 1 g fait 90 % du boulot de plomberie, se retrouve un peu « désorganisé », une fois dans l’espace. Les organes abdominaux flottent légèrement, ce qui modifie les pressions internes, redistribue les fluides corporels vers le haut du tronc et contraint la musculature viscérale à travailler dans des conditions biomécaniques contre-nature.
S’ajoute à cela le décalage des rythmes biologiques, le stress de l’environnement confiné, une alimentation lyophilisée peu propice à un apport en fibres optimal, et une hydratation que les astronautes peinent souvent à maintenir dans les premiers jours de mission. On comprend donc un peu mieux pourquoi la grosse commission peut parfois se transformer en mission impossible (ou très compliquée).
Dulcolax et la NASA : le crossover que personne n’attendait
L’entreprise Dulcolax s’est donc retrouvée, pour la première fois de son histoire, dans la liste des entreprises partenaires de la NASA pour la mission Artemis II. En effet, les astronautes ont dû apporter dans leur petit kit médical du bisacodyl (le principe actif du médicament), qui figure sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation Mondiale de la Santé. Sa formulation est très pratique d’un point de vue logistique et il est doux pour l’organisme : encapsulé sous un enrobage protecteur qui le préserve de l’acidité gastrique, il n’agit qu’une fois parvenu dans la partie basse du tractus gastro-intestinal, sans nécessiter la moindre métabolisation hépatique ou rénale.
« Nous n’avons pas été sollicités en amont. Ce fut une belle surprise d’apprendre que nous faisions partie de la sélection », confie Bunger. Pour une femme dont le terrain d’expertise est, disons, rarement au centre des dîners mondains, on peut comprendre la fierté de voir son produit adoubé par les médecins de la NASA au même titre que n’importe quel autre médicament de la trousse officielle.
Bunger espère toutefois, qu’en plus du joli coup de pub’ pour son entreprise, l’acceptation du Dulcolax au sein d’Artemis II ait un jour d’autres effets positifs, qui ne concerne pas le domaine spatial. « Si je ne devais retenir qu’un bénéfice de tout ça, ce serait de contribuer à lever le tabou autour de la constipation », dit-elle. « Si même les astronautes y sont confrontés, il n’y a vraiment aucune raison d’en avoir honte ». Elle avoue même, non sans humour, qu’un simple décompte des pilules consommées à bord lui suffirait amplement pour savoir si le médicament a bel et bien servi. Il n’y a pas de petite victoire dans l’espace, même devant le trône !
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