Depuis l’ouverture à la concurrence du rail en 2020, le paysage ferroviaire français a évolué. Des trains espagnols et italiens circulent désormais sur certaines lignes à grande vitesse. Mais dans les faits, un acteur reste incontournable pour acheter un billet : SNCF Connect. La plateforme concentre une large majorité des ventes en ligne, avec une part estimée à 85 % selon ses concurrents — la SNCF parle plutôt de « deux tiers ». Une domination qui tient autant à sa visibilité qu’à son héritage : pendant des années, elle a été la porte d’entrée quasi unique pour réserver un train.
SNCF Connect, passage obligé pour les voyageurs
Problème : SNCF Connect ne vend pas les billets de ses concurrents, comme Renfe ou Trenitalia, pourtant bien présents sur le réseau français. Une situation parfaitement légale mais de plus en plus contestée. Les sénateurs ont décidé de s’en mêler. Comme l’explique Le Monde, un amendement adopté la semaine dernière prévoit de contraindre le principal distributeur à proposer aussi les offres des autres opérateurs. Sans jamais citer SNCF Connect, le texte vise clairement la plateforme, en imposant des conditions d’accès « raisonnables, équitables, transparentes et proportionnées ».
Si la mesure est adoptée définitivement, un opérateur pourra exiger d’être distribué sur cette interface. Il sera impossible de rester invisible sur le site le plus fréquenté du pays pour acheter un billet de train. Du côté des nouveaux entrants, la frustration est bien réelle. Sans visibilité sur SNCF Connect, difficile de se faire connaître du grand public, et donc de remplir les trains.
Résultat : pendant que certains TGV affichent complet, d’autres rames, exploitées par la concurrence, circulent avec des sièges vides. Des voyageurs pourraient prendre le train, mais ne voient tout simplement pas toutes les options disponibles. Certains finissent même par se tourner vers la voiture ou l’avion, faute d’information.
La SNCF ne cache pas son agacement. Pour elle, SNCF Connect reste une agence de voyages comme une autre, libre de choisir les billets qu’elle vend. Mais ouvrir la porte aux concurrents sur les lignes à grande vitesse, les plus rentables, est une autre histoire. Cela reviendrait à faciliter l’accès à des offres susceptibles de détourner une partie de la clientèle.
L’entreprise met aussi en avant un autre point : ses obligations financières. La SNCF doit dégager des marges pour entretenir le réseau ferroviaire, utilisé par tous les opérateurs. Une mission qui devient plus délicate si elle doit en parallèle promouvoir les billets de ses rivaux. En coulisses, la pilule passe mal car la mesure touche à l’équilibre déjà fragile entre l’ouverture à la concurrence et la préservation du modèle économique historique.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.