Google repart au front contre Bruxelles. La filiale d’Alphabet a annoncé avoir déposé un recours devant le Tribunal de l’Union européenne, à Luxembourg, contre des mesures présentées cet été par la Commission européenne dans le cadre du règlement européen encadrant les grandes plateformes numériques (DMA).
Android devra faire davantage de place à la concurrence
Au cœur du dossier : Android et la recherche Google. La Commission veut que Google modifie certains services afin de donner plus de place à ses concurrents. D’ici douze mois, les utilisateurs devront pouvoir activer par commande vocale l’assistant IA de leur choix, et pas seulement les services maison de Google, comme Gemini. Ces assistants concurrents devraient aussi pouvoir accéder à certaines fonctions disponibles pour les services de Google, notamment pour effectuer des actions dans d’autres applications.
Autre mesure sensible : à partir de janvier prochain, des moteurs de recherche tiers devront obtenir un accès à certaines données de recherche aujourd’hui collectées à grande échelle par Google Search, en particulier via les agents conversationnels dopés à l’IA. Pour Bruxelles, il s’agit de « rééquilibrer les conditions de concurrence » entre Google et ses rivaux.
Mais voilà, Google conteste fermement cette lecture. L’entreprise affirme qu’Android est déjà ouvert à d’autres services et que les demandes de partage de données ne prévoient pas, selon elle, assez de garanties, ni une information et un consentement suffisants des utilisateurs. Oliver Bethell, directeur de la concurrence chez Google, résume chez Bloomberg l’argument du groupe : « Les gens utilisent Search pour leurs questions les plus personnelles, des inquiétudes médicales aux relations intimes. » Selon lui, imposer le partage de ces requêtes sans protections adéquates pourrait causer un préjudice irréversible à la vie privée.
La Commission européenne assure de son côté avoir tenu compte de ces risques. Lors de l’annonce des mesures en juillet, elle avait indiqué que les données de recherche seraient anonymisées avant tout partage. Elle avait aussi précisé que Google pourrait évaluer si un destinataire présente un risque sérieux pour la sécurité ou la protection des données.
Dans une déclaration, Bruxelles affirme que ses décisions prennent soigneusement en compte « l’intégrité et la sécurité » des fonctions concernées, ainsi que la protection des données personnelles des utilisateurs. L’exécutif européen estime donc que ses mesures ne reviennent pas à ouvrir sans filtre les systèmes de Google, mais à imposer des conditions d’accès encadrées.
Le Tribunal de l’Union européenne devra désormais trancher entre les garanties avancées par Bruxelles et les risques dénoncés par Google. Un débat juridique très sérieux, car il s’agit de données très confidentielles.