Le concept s’appelle l’Intelligence Hybride, et il tient en une idée simple : faire tourner sur le PC tout ce qui peut l’être, et n’appeler le cloud que lorsque c’est vraiment nécessaire. Ce soir, Pavan Davuluri, patron de Windows, était à San Francisco poru présenter le futur de son entreprise. Il a sans grande surprise évoqué la question de l’IA, et notamment de son coût.
La réponse de Microsoft passe par une série de modèles capables de tenir dans la mémoire d’un ordinateur. L’exemple le plus spectaculaire vient de DeepSeek. Compressée à 1,6 bit, sa version Flash V4 et ses 284 milliards de paramètres tiendraient dans 60 Go de mémoire, avec des performances supérieures à celles de GPT-5 en programmation et en raisonnement, selon Microsoft.
Pour piloter tout ça, Windows ML (le moteur qui répartit les calculs entre processeur, carte graphique et puce dédiée à l’IA) accueille llama.cpp, outil open source pour faire tourner des modèles en local. Le premier bénéficiaire concret sera GitHub Copilot, à partir du 15 octobre.
Des agents en liberté (surveillée)
Microsoft a bien compris que l’enthousiasme pour les agents IA, ces programmes capables d’enchaîner des actions de manière autonome pendant des heures, s’accompagne d’une sérieuse question de sécurité. La firme le reconnaît elle-même : les agents locaux actuels disposent d’un accès beaucoup trop large au système. Sa réponse s’appelle Microsoft Execution Containers (MXC), désormais disponible en version finale sur Windows 11. Le principe : enfermer chaque agent dans une sandbox dont les règles (quels fichiers, quels réseaux) sont fixées par l’utilisateur et appliquées en temps réel par Windows.
Côté grand public, la Recherche de la barre des tâches devient une porte d’entrée vers des milliers d’actions rapides dès cet automne : passer en mode sombre, régler le volume du micro, prendre une capture, ranger ses fenêtres ou envoyer un SMS. Copilot gagne trois capacités dans les prochains mois : l’accès à l’ensemble des fichiers du PC, la possibilité d’agir directement sur la machine (déplacer des documents, modifier un réglage, toujours avec autorisation) et le recours aux modèles locaux. La démonstration de l’Autopilot, l’agent autonome de Copilot, avait de quoi séduire, reste à voir comment il sera exploité au quotidien.
Hybride, mais pas pour tout le monde
Sur le papier, le discours est cohérent et l’argument économique imparable. Il mérite toutefois deux nuances. La première est matérielle. Les PC Copilot+, lancés il y a deux ans, représentent aujourd’hui plus de 40 % des portables professionnels, et Microsoft revendique plus de deux mille milliards d’inférences locales par mois. Leurs petites puces dédiées à l’IA restent toutefois incapables de charger un modèle qui réclame 60 Go de mémoire. Pour les démonstrations les plus impressionnantes, il faudra une machine haut de gamme comme le Surface Laptop Ultra, présenté dans la foulée avec ses 128 Go de mémoire unifiée, et vendu bien au-delà de 2 000 €.
La seconde tient à la confiance. Un Copilot capable de fouiller tous les fichiers du PC et d’agir à la place de son utilisateur ravivera forcément le souvenir de Recall, la fonction de mémoire de Windows qui avait dû être repoussée en 2024 après une avalanche de critiques sur la sécurité. Microsoft a visiblement retenu la leçon, mais il faudra voir à l’usage si cela suffit à convaincre les utilisateurs de laisser un agent travailler seul pendant la nuit.