Hayabusa2 a déjà bien rempli sa fiche de route. Lancée en décembre 2014, la sonde japonaise avait rejoint l’astéroïde Ryugu en 2018. Elle y a prélevé des échantillons, dont certains sous la surface, après avoir créé un cratère artificiel à l’aide d’un impacteur.
Deuxième mission après le retour des échantillons
Le 6 décembre 2020, sa capsule est revenue sur Terre dans le désert australien avec les précieux fragments. La sonde, elle, n’a pas pris sa retraite. La JAXA, l’agence spatiale japonaise, lui a donné une nouvelle destination : l’astéroïde 1998 KY26, qu’elle doit atteindre en 2031.
Cette deuxième cible est un petit objet proche de la Terre, de forme irrégulière, qui tourne très vite sur lui-même. Un jour y passe presque aussitôt commencé. Selon la NASA, il pourrait aussi contenir environ un million de gallons d’eau. Bref, un caillou spatial intéressant, même si Hayabusa2 doit encore tenir plusieurs années pour aller le voir de près.
C’est là que les choses se corsent. Hayabusa2 fonctionne avec quatre moteurs ioniques au xénon, appelés A, B, C et D. Chacun repose sur deux éléments : une source d’ions et un neutraliseur. Au fil des années, trois moteurs se sont déjà dégradés ou sont tombés en panne. Le moteur B avait été ménagé pendant la mission Ryugu afin de servir pour la suite. Mauvaise nouvelle : il aurait lâché à la mi-août, selon The Japan Times.
L’examen a montré que sa source d’ions ne fonctionnait plus. Son neutraliseur, lui, est encore en état. De leur côté, les moteurs C et D ont perdu leur neutraliseur, mais leurs sources d’ions fonctionnent toujours. Les ingénieurs de la JAXA vont donc tenter une opération assez fine : associer le neutraliseur du moteur B à la source d’ions du moteur D. L’agence japonaise espère relancer ce moteur recomposé dès la fin du mois. Si ça fonctionne, Hayabusa2 pourrait reprendre sa route vers 1998 KY26. Mais rien n’est acquis : la sonde a déjà dépassé sa durée de vie prévue, et son état général compte autant que cette réparation.
Il y a tout de même un précédent encourageant. La première mission Hayabusa avait connu des pannes similaires lors de son voyage vers l’astéroïde Itokawa. Les ingénieurs avaient réussi à combiner des éléments encore valides pour créer un moteur hybride. Résultat : la sonde avait rapporté des poussières d’Itokawa sur Terre en 2010. Hayabusa2 n’en est donc pas à son premier tour de piste, et la JAXA connaît ce genre de bricolage de précision. Il faut maintenant espérer que la sonde aura encore assez de souffle pour son rendez-vous de 2031.