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Plus aucun moteur et 306 personnes à bord : comment cet Airbus a plané 19 minutes au-dessus de l’Atlantique ?

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Le 24 août 2001, un Airbus A330 d’Air Transat parti de Toronto a perdu ses deux moteurs au-dessus de l’Atlantique, à la suite d’une fuite de carburant. Son commandant de bord, Robert Piché, a fait planer l’appareil pendant 19 minutes, sur environ 120 km, jusqu’à la base aérienne de Lajes, aux Açores, avec 306 personnes à bord.

Le vol Air Transat 236 a décollé de Toronto le 23 août 2001 à 20h52, heure locale (0h52 UTC le 24 août), à destination de Lisbonne. L’appareil, un Airbus A330-243 immatriculé C-GITS et mis en service en avril 1999, était équipé de deux moteurs Rolls-Royce Trent 772B. Il transportait 293 passagers et 13 membres d’équipage, et il avait embarqué 46,9 tonnes de carburant, soit 4,5 tonnes de plus que le minimum réglementaire. Aux commandes, on trouvait le commandant Robert Piché, 48 ans et 16 800 heures de vol, dont 796 sur A330, ainsi que le copilote Dirk DeJager, 28 ans et 4 800 heures de vol.

Une fuite de 13 tonnes par heure

À 4h38 UTC, une conduite de carburant du moteur droit s’est rompue au-dessus de l’Atlantique. Elle laissait échapper environ 13 tonnes de carburant par heure. À 5h03, l’équipage a remarqué une température d’huile basse et une pression d’huile élevée sur ce moteur, puis à 5h36, une alarme de déséquilibre de carburant s’est déclenchée entre les deux ailes. Les pilotes ont alors appliqué de mémoire la procédure de déséquilibre, sans suivre la liste de vérification qui mentionnait le risque de fuite. Ils ont ouvert la vanne d’intercommunication, ce qui a envoyé le carburant de l’aile gauche vers le moteur droit qui fuyait. À 5h45, l’équipage a décidé de se dérouter vers Lajes, sur l’île de Terceira, aux Açores.

Deux moteurs éteints à 65 milles nautiques des Açores

À 6h13 UTC, le moteur droit s’est éteint à 39 000 pieds d’altitude, à environ 150 milles nautiques de Lajes. L’équipage a lancé un appel de détresse et l’avion est descendu à 33 000 pieds, l’altitude de vol sur un seul moteur. À 6h26, le moteur gauche s’est éteint à son tour, à environ 65 milles nautiques de la piste, soit près de 120 km. L’A330 n’avait plus aucun moteur, et à 6h31, les masques à oxygène sont tombés dans la cabine. L’avion descendait alors d’environ 2 000 pieds par minute. Il faut préciser que sans moteurs, l’A330 ne disposait plus que d’une partie de ses systèmes, alimentés par une petite éolienne de secours.

Un atterrissage à 370 km/h

À 6h45 UTC, soit 19 minutes après l’arrêt du second moteur, l’Airbus s’est posé sur la piste 33 de Lajes, à environ 200 nœuds, soit près de 370 km/h. L’avion a touché le sol environ 310 mètres après le début de la piste, a rebondi, puis s’est reposé 850 mètres plus loin. Comme l’antiblocage des freins ne fonctionnait plus, les pneus ont éclaté en moins de 140 mètres et les roues se sont usées jusqu’aux essieux. L’avion s’est finalement arrêté après 2 300 mètres, sur une piste qui en compte 3 000. Lors de l’évacuation, 14 passagers et 2 membres d’équipage ont été légèrement blessés, et 2 passagers plus sérieusement. Personne n’est mort. Avec près de 120 km, cet A330, surnommé depuis le “planeur des Açores”, détient le record du plus long vol plané d’un avion de ligne !

Une mauvaise pièce montée lors de la maintenance

L’enquête a été menée par le bureau portugais d’enquête sur les accidents d’aviation, avec le Bureau de la sécurité des transports du Canada, et son rapport a été publié le 17 décembre 2004. Il établit que la conduite de carburant s’était rompue à cause d’un frottement, après le montage d’une pièce incompatible lors d’une opération de maintenance. Air Transat avait installé une pièce provenant d’une version plus ancienne du moteur, qui ne laissait que quelques millimètres entre une conduite hydraulique et la conduite de carburant. Le rapport reproche aussi à l’équipage de ne pas avoir cru à une fuite réelle. Selon le Globe and Mail, les enquêteurs ont écrit que l’équipage “ne croyait pas qu’il y avait une véritable fuite de carburant”, tout en reconnaissant que “l’habileté du commandant à mener le vol plané sans moteurs jusqu’à un atterrissage réussi a évité une catastrophe”.

Après l’accident, Airbus a ajouté un contrôle informatique qui compare le niveau de carburant au plan de vol et déclenche une alerte si la consommation est anormale. Rolls-Royce a publié un bulletin sur l’incompatibilité des pièces concernées, et l’agence américaine FAA a imposé une nouvelle procédure en cas de fuite de carburant sur les A330 et A340 à partir du 3 février 2006. Air Transat a de son côté reçu une amende de 250 000 dollars canadiens, la plus élevée de l’histoire du Canada à l’époque, et Robert Piché a reçu en 2002 le prix de l’excellence en pilotage de l’association des pilotes de ligne ALPA.

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