La Commission européenne prépare l’édition 2027 de sa « Counterfeit and Piracy Watch List », une liste qui recense des services situés hors de l’Union accusés de faciliter le piratage. Deux ayants droit européens, Canal+ et la Motion Picture Association (MPA), y proposent MovieBox, une application de streaming gratuite très répandue sur Android … mais pas en Europe.
Si vous n’avez jamais entendu parler de MovieBox, c’est normal puisque l’application n’est ni disponible sur l’App Store ni sur le Google Play Store. Pour la trouver, il faut se tourner vers le Palm Store, une boutique d’applications alternative proposée par le chinois Transsion, fabricant des smartphones Tecno, Infinix et itel. Trois marques extrêmement répandues sur lesquelles il est donc possible de télécharger MovieBox, une application qui propose des retransmissions sportives en direct, mais également des films et des séries, et ce, gratuitement. Les cinq grands championnats de football européen (espagnol, italien, anglais, allemand et français) sont tous retransmis illégalement dans l’app.
Un succès fulgurant
Les chiffres de MovieBox sont absolument ahurissants. De 243,3 millions de téléchargements en juin 2026, l’application a franchi récemment le cap des 300 millions de téléchargements dans le monde, avec une présence massive en Afrique. Transsion explique d’ailleurs que ses trois marques représenteraient 61,5 % des smartphones vendus en Afrique en 2024, et que le Palm Store recenserait plus de 180 millions d’utilisateurs actifs chaque mois.
Pour Canal+, l’escroquerie n’a que trop duré alors que le diffuseur est, lui aussi, largement présent en Afrique. Selon l’entreprise française, MovieBox serait étroitement liée à Transsion, qu’elle accuse de fermer les yeux sur le préjudice porté sur les ayants droit européens. Canal+ cite d’ailleurs d’anciens enregistrements du domaine moviebox.ng contenant des informations liées à Transsion. L’entreprise évoque également des certificats Android signés au nom de Transsion qui font référence à ladite application.
L’UE (presque) impuissante
Pour attaquer MovieBox, Canal+ et la MPA ont donc décidé de passer par les autorités européennes pour restreindre voire supprimer MovieBox. Son ajout à la liste de surveillance de 2027 n’est toutefois pas restrictif et ne débouchera pas sur une condamnation ou un constat d’infraction. La liste sert principalement à encourager les opérateurs, les propriétaires et les autorités locales à agir pour réduire la disponibilité d’un contenu.
En Afrique, la Commission nigériane du droit d’auteur (NCC) s’était déjà attaquée au phénomène MovieBox il y a un an, le 20 juillet 2025. Elle avait alors permis de suspendre moviebox.ng en décrivant un réseau de domaines miroirs et de domaines de secours. Le service a ensuite basculé sur moviebox.ph, qui reste encore aujourd’hui accessible à tous. Le problème est donc structurel et doit être traité à la racine, d’où les vives tensions qui existent entre Canal+ et Transsion.
Le média TorrentFreak évoque également un intérêt commercial plus direct de Canal+ dans ce dossier, et pour cause. L’entreprise de Vincent Bolloré possède aujourd’hui Multichoice, qui exploite SuperSport et DStv, une entreprise sud-africaine de diffusion directe par satellite qui propose des chaînes audio, radio et télévision ainsi que des services associés à ses abonnés à travers l’Afrique. MultiChoice est ainsi en concurrence indirecte avec Transsion, qui sert de canal de diffusion pour MovieBox et la retransmission gratuite et illégale des mêmes contenus.