Getty Images, le nom que vous voyez en crédit sous la moitié des photos de presse depuis trente ans est donc en faillite. Oui, il y a de la dette derrière. Mais le chiffre qui raconte vraiment l’histoire est ailleurs : les abonnements annuels de Getty sont passés de 321 000 à 241 000. Et ça, c’est l’IA qui est en train de le faire.
Getty Images est-elle vraiment en faillite ?
Oui, mais pas au sens « on éteint la lumière ». Le Chapter 11 permet à l’entreprise de continuer à tourner pendant que ses dettes sont renégociées sous le contrôle d’un juge, et Getty Images, iStock et Unsplash restent en ligne.
Concrètement, la famille Getty et Koch Equity Development vont détenir 100 % de la boîte, avec jusqu’à 533 millions de dollars de nouveaux fonds. Getty quitte la Bourse et redevient privée. Les actionnaires actuels devraient ne rien récupérer. Côté photographes, Getty assure que contributeurs et clients ne verront aucun changement et que les paiements continuent normalement.
Pourquoi les abonnements Getty Images s’effondrent
80 000 abonnés envolés, soit une baisse d’environ 25 %. Getty a beau expliquer qu’il s’agit en partie d’une stratégie assumée, avec l’arrêt de l’essai gratuit d’iStock, la même entreprise admet dans sa présentation aux investisseurs que son activité iStock subit une baisse de la demande et une « disruption ».
Disruption. Le mot est poli. Globalement, plus personne n’a envie de payer pour une photo d’un cadre en chemise qui serre la main d’un autre. Encore moins quand ChatGPT, Midjourney ou Gemini vous en sortent une sur mesure en dix secondes, sans licence, sans crédit, sans facture.
C’est exactement le cœur du business de la photo de stock qui part en fumée. L’IA ronge le bas du marché, celui des visuels génériques pour illustrer un article, une présentation ou une pub. Et ce bas du marché, c’était le volume.
Getty Images mise aussi sur l’IA
Le plus ironique, c’est que Getty n’a pas vraiment combattu l’IA, elle a essayé de la vendre.
Dès 2023, l’agence lançait son propre générateur d’images, entraîné uniquement sur son catalogue. En juin 2026, un accord avec OpenAI pour afficher ses photos dans ChatGPT a fait bondir l’action jusqu’à 200 %. Et les licences pour l’entraînement des modèles pesaient 4,4 % du chiffre d’affaires en 2025.
Mais finalement, Getty ne vendrait pas des pelles à ceux qui creusent sa tombe ? Ça rapporte un peu d’argent à court terme, mais ça n’arrêtera pas la fuite des abonnés. Un client qui obtient sa photo directement dans ChatGPT n’ira plus jamais sur iStock.
Il y a des chances pour que les photos de stock génériques soient de plus en plus rares. À mon avis, l’illustration « femme souriante devant un ordinateur » sera probablement générée à 100 % dans les années à venir, et les banques d’images qui vivaient de ça vont fondre ou disparaître. Getty en est le premier gros symptôme, pas le dernier.
En revanche, la photo de terrain va sûrement prendre de la valeur. Une IA ne remplace pas un photographe présent sur un match, un défilé ou une manifestation, et ce n’est pas un hasard si Getty veut désormais se concentrer sur ses archives et la photo d’actualité. Plus le web se remplit d’images générées, plus une vraie photo, prise par un vrai humain à un vrai endroit, devient précieuse, et ça se paie.