Star Wars est dans de beaux draps sur Disney+. Sept ans après le lancement stratosphérique de The Mandalorian (18,2 millions de vues chaque semaine), la licence est en décrépitude sur le petit écran. L’excellente Andor n’est pas parvenue à dépasser les quatre millions de téléspectateurs hebdomadaires avec sa deuxième saison, preuve s’il en fallait une que le public s’est désintéressé de tout ce qui a trait avec les sabres laser et les Jedi.
Pourtant, en ce mois d’avril, une série a su attirer l’attention des spectateurs… au-delà des cercles d’adorateurs de propositions animées. Maul : Seigneur de l’ombre est promue comme le retour en grâce de la mythologie Star Wars et une révolution de l’animation. Cette fois-ci, on a envie d’y croire. Déjà parce que la série évolue autour d’un personnage fascinant de la prélogie, mais aussi parce que la licence semble enfin sortir de sa zone de confort. Pari réussi pour Dave Filoni ?

Direction les premières heures de l’Empire, après la Guerre des Clones et bien avant que Luke Skywalker ne parte en guerre contre le côté obscur de la Force. Maul passe pour mort mais se rend sur Janix pour bâtir son empire du crime. Mais son exploration de la pègre locale va prendre un tournant inattendu quand sa route croise celle de Devon Izara, une jeune Padawan qui tente de rester sous les radars de l’Empire avec son Maître Eeko-Dio Daki. Serait-elle l’Acolyte que Maul cherche désespérément ? Celle qui pourrait l’aider à assouvir sa vengeance ?
La revanche du Sith
L’animation chez Lucasfilm est en pleine mutation, et pas uniquement esthétique. Près de 20 ans après The Clone Wars, l’estampille se réinvente avec Maul : Seigneur de l’ombre. Plus question de délivrer des épisodes cloisonnés comme à la belle époque, l’heure est à approfondir des arcs narratifs au fil d’une saison. La nouvelle création de Dave Filoni a finalement plus à voir avec ses récentes propositions en prise de vues réelles que ses débuts dans Clone Wars. Pas très rassurant quand on sait que le monsieur est responsable du catastrophique Livre de Boba Fett et de l’oubliable Ahsoka. Pourtant, dès les premiers instants, cette proposition convainc par son ambiance et ses choix de découpage.

Oui, Maul et sa reconquête du milieu criminel sont au cœur du procédé narratif mais la série a plus à offrir que cette nouvelle revanche du Sith. Assez habilement, la série s’invite dans les bureaux des forces de l’ordre, dans les ruelles sombres de Janix ainsi que dans ses souterrains. La série immortalise les conséquences de la montée en puissance de l’Empire aux côtés de celles et ceux qui sont contraints de le servir.
Le parcours de l’agent Brander Lawson et son robot Two-Boots est particulièrement intéressant en ce sens, rappelant parfois Andor et sa richesse d’écriture. Comme Mon Mothma, Brander était un rouage de la démocratie réduite à néant avec l’arrivée de Palpatine au pouvoir. Comme elle, il doit accepter qu’il participe à un système oppresseur et qu’il doit rompre avec ses fonctions.

Duel au sommet
Toute proportion gardée, ce nouveau morceau de l’épopée Star Wars réussit là où d’autres (souvent chez Filoni) ont lamentablement échoué durant cette dernière décennie. C’était particulièrement vrai pour Le Livre de Boba Fett, qui voulait immortaliser la rédemption du personnage de Temuera Morrison aux côtés de la pègre de Tatooine… mais qui n’avait rien d’autre pour elle qu’une succession de flashbacks et un épisode (qui avait au moins le mérite d’être intéressant) sur Mando et Grogu. Seigneur de l’ombre, de son côté, est une aventure menée tambour battant et qui parvient à être plus qu’un outil de remplissage entre deux films.

La série trouve un équilibre entre courses poursuites, combats de haute volée et récit plus politique grâce à une galerie de personnages captivants et des enjeux narratifs maîtrisés. Alors oui, Maul : Seigneur de l’ombre ne peut pas s’empêcher d’agiter le hochet du fan service. On nous promet un combat que les fans attendent depuis des années. Mais pour une fois, Star Wars ne se limite pas à cette envie de faire hurler les fans.
En rouge et noir
Le retour de Maul apporte quelques changements notables dans la galaxie des productions animées Star Wars. Afin de montrer le monde comme le perçoit l’antagoniste, une nouvelle esthétique prend vie. Exit la 3D impersonnelle et sans relief, Seigneur de l’ombre se veut plus vibrante et vivante grâce à l’ajout de texture et effets. Les décors arborent des couleurs plus vives et contrastées à la manière de toiles peintes. Des effets brossés et déchiquetés qui complimentent le travail des artistes à la création d’une Janix poisseuse. Parfait berceau pour cette histoire de vengeance, la planète s’invite sans peine parmi les décors les plus réussis de la franchise.

On pourrait se faire fouetter pour moins que ça, mais l’animation chez Lucasfilm n’a jamais été notre dada. Ici, on se surprend à réellement apprécier le voyage, tant la copie est soignée. Tout n’est pas parfait, certains décors en intérieur manquent cruellement de relief, surtout dans le commissariat, mais Maul : Seigneur de l’ombre ne faillit pas à sa mission de renouveler Lucasfilm Animation. En adoptant l’approche démocratisée par Spider-Man : New Generation, qui consiste à appliquer des textures 2D à une animation 3D, l’estampille se réinvente efficacement.

On regrette tout de même que cette mutation n’ait pas été plus radicale, que Lucasfilm n’ait pas repensé intégralement le design de ses personnages pour se départir tout à fait de l’apparente inexpressivité des visages. Il y aussi encore des problèmes de mouvements. Ils trop fluide, manquent d’impact dans les combats et donne l’impression que des marionnettes désarticulées sont agitées pour donner vie aux (impressionnantes) chorégraphies … Oui, on chipote mais on en attendait beaucoup. Trop ?
Après huit épisodes, il est clair que Lucasfilm Animation n’a pas menti sur la singularité de cette proposition. Maul : Seigneur de l’ombre entre sans problème dans le champ de ce que Star Wars a fait de mieux récemment… et pas seulement en animation. Preuve s’il en fallait une que la plateforme y croit, une saison 2 est déjà prévue.
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