Il est toujours délicat d’émettre un avis sur une saison que nous n’avons pas eu la chance de visionner intégralement. Dans le même temps, comment pourrions-nous ne pas parler de The Boys saison 5, l’un des plus beaux atouts au sein des productions Prime Video ? Alors puisque nous n’avions que les trois premiers épisodes à nous mettre sous la dent, autant au moins poser des mots sur ce début de la fin, car il est tout aussi important de réussir ses débuts que de soigner sa fin.
Huit épisodes, voilà tout ce qu’il reste aux fans du show d’Eric Kripke qui se conclura le 20 mai prochain sur la plateforme de streaming d’Amazon, après 7 ans de bons et loyaux sévices. Car oui, dès son entame, cette adaptation des comics de Garth Ennis et Darick Robertson annonçait la couleur : ça va être trash, ça va être incorrect, ça va être gore, cynique et, surtout, politique. Et à quiconque vivrait encore dans un extraordinaire déni sur ce dernier point, la saison 5 débute sur une casquette rouge et un Homelander (ou Le Protecteur) annonçant la pacification des voix américaines discordantes.

Nous sommes un an après le final de la quatrième saison et Homelander (Antony Starr) dirige officieusement les États-Unis. Hughie (Jack Quaid), La Crème (Laz Alonso) et Frenchie (Tomer Capone) sont dans un camp de réhabilitation pour stellactivistes tandis qu’Annie (Erin Moriarty) tente encore de mener la résistance. Butcher (Karl Urban) retrouve Kimiko (Karen Fukuhara) pour l’aider à réunir toute la bande : l’objectif est de terminer le virus exterminateur de Super, quitte à en être les premières victimes.
Doigt d’honneur fatigué ?
C’est un point qui revient régulièrement à chaque nouvelle saison de The Boys : sa satire effrontée de la politique et plus largement de la société américaine. Kripke et ses scénaristes n’ont jamais cherché à être subtils sur le sujet, avec une approche quasiment parodique de la réalité.

Sauf qu’année après année, saison après saison, il y a encore eu un public pour prendre ce portrait au vitriol au premier degré, Homelander étant vu comme un véritable héros par nombre de masculinistes, de trumpistes, d’intégristes, ou d’autres istes. Et année après année, saison après saison, Kripke, en réponse, a forcé le trait, l’absurde, le guignolesque, arrêtant de faire des clins d’œil pour une posture de miroir plus si déformant, au point, régulièrement, de tomber dans l’exagération un peu bête et méchante à ce sujet.
La saison 5 est la dernière de la série – pas de l’univers – et, à ce titre, Kripke entend jeter ses ultimes forces dans la bataille, son show de super-héros étant définitivement devenu une uchronie. Il ne prend plus de gants, il ne cherche plus la nuance, il a remisé l’intégralité de la subtilité au placard dans une sorte d’énergie du désespoir. The Boys a toujours pris la forme d’un doigt d’honneur, on sent ici le doigt tendu et maintenu jusqu’à la crampe. À celles et ceux qui ne voulaient encore pas voir, le showrunner nous rejoue une scène d’Orange Mécanique, la paupière maintenue ouverte de force sur le ridicule de ce qui paraît « super ».

Si on soutient l’opération bulldozer de Kripke tant ce défouloir est cathartique, on ne peut nier que cela démolit également les murs de sa narration. En voulant enterrer définitivement toute possibilité d’adoration de son Homelander, le créateur tombe dans une exagération bien trop appuyée de la caricature. De sorte qu’on a moins la sensation de voir la chute programmée d’un personnage qu’un simple message avec une cape. Le tyran blond a-t-il encore une histoire à raconter ou n’est-il plus qu’une idée à effacer ?
Plus que cinq avant la fin
Lorsque Gen V saison 2 s’est terminée, on pouvait encore se demander si le spin-off aurait droit de continuer en solo, parce que le récit n’appelait pas forcément à un générique final. Ce n’est pas le cas de The Boys saison 5. Là encore, il semblerait que Kripke et son équipe n’aient pas envie qu’il y ait de quiproquo sur ce qu’il adviendra après. Tout, dans le rythme de ses trois premiers épisodes, sonne comme autant de portes qui se ferment.

On ne vous révélera rien du contenu, mais il est indéniable que l’ellipse temporelle arrange bien certaines sous-intrigues puisque cela permet de faire un bond en avant dans la psyché de quelques protagonistes sans avoir eu à passer du temps dessus. Comme s’il y avait déjà bien assez à faire avec le fil rouge principal et sans doute un arc conclusif pour chacun, cette cinquième saison met un coup d’accélérateur et n’hésite pas à régler des points importants en une seule scène. Sans compter la multiplication des personnages à l’écran ou d’évocations des absents, histoire d’être sûr d’avoir offert à tout le monde une voie de sortie.
Cela donne une impression de rush par moments et on est pas loin de retrouver une ambiance à la Game of Thrones saison 8, quand la seule chose qui importait était la ligne d’arrivée. On verra presque une sorte de décompte à chaque générique « plus que six avant la fin. Plus que cinq avant la fin. Plus que… ». Même les acteurs paraissent piégés dans leurs mimiques, les surjouant par instants, comme si une forme de lassitude s’était créée.

Est-ce que The Boys saison 5 fait des débuts ratés ? Non. On sait que l’on peut donner le sentiment de ne pas avoir apprécié, mais simplement parce qu’il nous semblait important, après tant d’années, de souligner ce qui se différenciait vraiment des saisons précédentes. Car du reste, The Boys reste The Boys et tout ce que l’on avait apprécié auparavant est toujours là. Il y a des protagonistes que l’on aime, des relations qu’on adore voir se développer, des figures qu’on adore détester et, bien sûr, de la violence, des moqueries, de l’exagération de tous les côtés, bref, toujours autant de sale.
La série est et restera cette production irrévérencieuse à laquelle on s’est attaché et avant de savoir si elle rejoindra la liste des shows n’ayant jamais réellement su comment finir, on ne peut que constater qu’elle a pleinement conscience de cette fin avec une telle entrée en matière. Et cela peut être autant une bonne qu’une mauvaise nouvelle.
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