Avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle, de plus en plus d’observateurs estiment que cette technologie va radicalement transformer le marché du travail et même conduire à la disparition totale de certaines professions. Cet été, Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, s’est par exemple attardé sur la question dans un billet qui a fait couler beaucoup d’encre.
Désormais, ce sont les équipes de Microsoft qui enfoncent le clou avec une étude qui recense quarante professions à l’avenir hautement incertain.
Dans ce papier, les chercheurs ont analysé plus de 200 000 interactions anonymisées entre les utilisateurs et Copilot, l’assistant IA de l’entreprise. À partir de ces données, ils ont créé un « score d’applicabilité IA », un indicateur qui sert à quantifier à quel point les tâches d’un corps de métier peuvent déjà être prises en charge efficacement par des outils basés sur le machine learning. Plus le chevauchement des compétences est important, plus ce score est élevé.
Les auteurs ont ensuite classé les différents métiers en fonction de leur score d’applicabilité afin de dégager une liste de quarante métiers particulièrement vulnérables qui pourraient bien subir une transformation radicale d’ici quelques années.

La traduction et le service client très touchés
Tout en haut de la liste, on retrouve les interprètes et les traducteurs. C’est tout sauf surprenant, sachant qu’il s’agit déjà d’un domaine où le machine learning s’avère très performant ; les auteurs ont d’ailleurs attribué un score de redondance de 98 % à ces deux professions. L’industrie en est elle aussi consciente, comme le montre le cas de Duolingo, qui a ouvertement annoncé son intention de remplacer une partie de ses effectifs par des chatbots IA.
Microsoft estime aussi que les différents types de représentants commerciaux ont du souci à se faire, notamment dans le domaine du service client. Une conclusion qui semble cohérente avec la réalité du marché : des chatbots IA assument déjà une partie conséquente du SAV de nombreuses entreprises, en se chargeant de répondre aux requêtes triviales et fréquentes pour que les humains puissent se focaliser sur les cas les plus épineux.
Les historiens, mathématiciens et auteurs également concernés
D’autres métiers plus inattendus se sont aussi glissés dans la liste, comme les historiens, les mathématiciens ou les géographes. Ces mentions peuvent surprendre, car il s’agit de métiers généralement associés à des tâches intellectuelles qui impliquent une bonne dose de raisonnement, de créativité et de sensibilité contextuelle – des points où les LLM d’aujourd’hui affichent encore des lacunes criantes. Mais en creusant davantage, on réalise que le raisonnement tient tout de même la route.
Prenons l’exemple des mathématiciens. Intuitivement, ce terme évoque surtout des chercheurs capables de formuler des conjectures en se basant sur un mélange de maîtrise technique, d’intuition et de créativité. Mais en réalité, la majorité d’entre eux ne passent pas leurs journées à échafauder des théories révolutionnaires. Leur quotidien consiste plutôt à explorer de grands ensembles de données et à effectuer d’innombrables vérifications rigoureuses pour valider ou infirmer ces hypothèses. Or, il s’agit précisément du type de tâche chronophage et répétitive qui est déjà susceptible d’être partiellement ou totalement automatisé par des outils d’IA.
Certes, il faudra toujours des visionnaires pour faire avancer la recherche. Mais pour tous les mathématiciens qui se chargent aujourd’hui de ce travail de fond laborieux, il sera sans doute difficile de se faire une place dans le monde académique. Il y a fort à parier que les rares postes seront réservés à une poignée de théoriciens d’élite et que ces derniers seront davantage soutenus par des modèles d’IA que par des humains en chair et en os.
Dans une certaine mesure, ce constat vaut aussi pour les géographes ou les historiens. La mise en perspective et l’interprétation resteront sans doute l’apanage de quelques humains extrêmement qualifiés, mais le travail de fond, qui représente une large partie de la profession, risque d’être largement automatisé, avec tout ce que cela implique pour le nombre de postes à pourvoir.
Les métiers manuels ont le vent en poupe
Il convient toutefois de préciser que cette étude comporte une limite importante sur laquelle les auteurs insistent explicitement. En effet, le score d’applicabilité sur lequel reposent ces travaux reflète seulement le chevauchement avec les capacités des systèmes d’IA modernes. Même s’il est très élevé, cela ne signifie pas forcément qu’un système d’IA peut entièrement remplacer un professionnel qualifié, du moins à court terme.
Selon Microsoft, il faut plutôt l’interpréter comme un indicateur du potentiel de transformation des métiers : la probabilité qu’ils évoluent de manière radicale au contact de cette technologie.
La conclusion finale reste toutefois assez similaire : de nombreux corps de métiers risquent de voir leurs effectifs fondre comme neige au soleil avec les progrès de l’IA. Il sera donc d’autant plus intéressant de se tourner vers des secteurs d’activité moins exposés, comme le service à la personne, l’artisanat ou le pilotage d’équipements spécialisés, par exemple dans le BTP.
Le texte de l’étude est disponible ici.
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