Donald Trump a annoncé vendredi 22 août que son gouvernement allait prendre une participation de 10 % dans Intel, le titan du hardware dans la tourmente.
« C’est un grand honneur pour moi d’annoncer que les États-Unis d’Amérique possèdent et contrôlent désormais 10 % d’Intel, une grande entreprise américaine qui a un avenir encore plus incroyable », a-t-il écrit dans un message publié sur son réseau Truth Social.
Intel, un géant en position de faiblesse
Pour comprendre le contexte, il faut d’abord remonter à la situation difficile d’Intel. Ces dernières années, cette entreprise autrefois ultra-dominante dans le domaine du hardware PC a vu son leadership technologique s’effriter à une vitesse inquiétante face à la concurrence agressive d’AMD.
En parallèle, la stratégie du PDG Pat Gelsinger a connu des débuts difficiles. Pour rappel, ce dernier avait concocté un énorme plan d’expansion et de diversification appelé Intel Foundry Services. Son objectif : développer des capacités de fonderie avancées et produire des puces pour des clients tiers, afin de concurrencer des acteurs comme TSMC et Samsung tout en diversifiant ses sources de revenus au-delà de ses propres produits.
Pour mener à bien ce plan ambitieux, Intel s’est notamment appuyée sur les subventions prévues par le CHIPS & Science Act, un immense plan d’investissement fédéral conçu pour soutenir la tech américaine face aux progrès de la Chine. Mais même ces ressources, attribuées mais encore non versées, n’ont pas suffi à combler le trou béant que cette stratégie a creusé dans les finances de la firme. Sur l’année 2024, Intel a perdu pas moins de 19 milliards de dollars, plaçant Pat Gelsinger sur un siège éjectable.
Donald Trump entre dans la danse
Le couperet est finalement tombé début 2025, quand ce dernier a été poussé vers la sortie par le conseil d’administration et remplacé par Lip-Bu Tan afin d’entamer une restructuration vitale.
Malheureusement, Intel n’était pas sortie d’affaire pour autant. Ce nouveau-venu s’est vite retrouvé dans le viseur de Donald Trump à cause de ses liens présumés avec le secteur de la tech chinoise. Début août, le président des États-Unis a appelé le nouveau PDG à démissionner à son tour, invoquant un « risque pour la sécurité nationale » et des « relations préoccupantes » avec le Parti communiste chinois.
Quelques jours plus tard, Trump a utilisé cette menace et la fragilité financière d’Intel comme un levier : le président a accepté d’épargner le PDG en échange d’une participation de l’État au capital d’Intel. Concrètement, près de 8,9 milliards de dollars de subventions fédérales encore non versées dans le cadre du CHIPS Act et du programme Secure Enclave ont été convertis en actions à prix cassé : 20,47 $ l’unité, soit une ristourne d’un peu plus de 15 %. Au bout du compte, le gouvernement américain a ainsi acquis environ 9,9 % du capital d’Intel.
Quelles implications pour Intel ?
Il est important de préciser que ces parts ne s’accompagnent pas d’un siège au conseil d’administration. Techniquement, le gouvernement ne devrait pas avoir son mot à dire sur la direction stratégique d’Intel. Mais en pratique, en devenant ainsi un actionnaire de premier plan, l’Etat s’offre tout de même une opportunité de sécuriser son influence sur un acteur clé de la production de semi-conducteurs américains. Un levier qui pourrait avoir son importance dans tous les dossiers qui touchent de près ou de loin au marché chinois, principal rival technologique et économique des Etats-Unis.
« Selon la manière dont elle est structurée, une telle participation pourrait donner au gouvernement américain une influence et un aperçu des activités d’Intel, en particulier en ce qui concerne la Chine, d’une manière que les réglementations ou les subventions ne permettraient probablement pas », explique Mira Ricardel, ancienne sous-secrétaire au Commerce citée par le Wall Street Journal.
Pour la firme, les implications sont moins claires. D’un côté, cette participation représente un soutien stratégique et financier vital, sans lequel elle n’aurait pratiquement aucune chance de stopper son hémorragie financière. Les marchés semblent en tout cas optimistes, puisque le cours de l’entreprise a bondi d’environ 5,5 % après l’annonce. Mais certains observateurs ont tout de même critiqué cette approche, la qualifiant de coercitive et opportuniste, et soulignant que la transaction pourrait créer un précédent politique et économique aux conséquences encore incertaines.
Nous vous donnons donc rendez-vous dans quelques mois pour en savoir plus sur les conséquences de ce deal, que le New York Times décrit comme « la plus grosse intervention du gouvernement dans une entreprise américaine depuis le sauvetage de l’industrie automobile après la crise de 2008. »
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