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Contrainte par Donald Trump, la NASA ferme sa plus grande bibliothèque : l’anti-science au pouvoir

À ce rythme-là, la prochaine mission lunaire se fera en monster truck. Finalement, peut-être que le film Idiocracy était une prophétie.

La grande purge continue : après avoir sabré comme un sagouin dans le budget de la NASA et avoir placé son pote Isaacman aux rênes de la NASA, Donald Trump perpétue le massacre. Plus hostile que jamais aux faits et à la science, le président américain a enjoint la NASA à sacrifier le cœur de son savoir : la bibliothèque du Goddard Space Flight Center (GSFC). Un autodafé qui ne dit pas son nom, marquant le début d’une ère d’obscurantisme technologique.

Piétiner la science par idéologie : la NASA amputée

On croyait avoir tout vu depuis que l’empereur du vide est revenu aux manettes du pays l’an dernier, mais le mépris pour l’intelligence vient de franchir une frontière innommable, et tutoie désormais les étoiles. Il y a quelques jours à peine, le 2 janvier, une grande page de l’Histoire s’est tournée dans le Maryland, et elle a fini dans une benne à ordures.

La plus grande bibliothèque de la NASA, notre Bibliothèque d’Alexandrie de l’Espace depuis 1959, a définitivement fermé ses portes sous l’impulsion de l’administration Trump. L’infrastructure serait trop chère à entretenir, donc il faut bien optimiser, quitte à écraser plus d’un demi-siècle de connaissances. On ne parle pas ici d’un vieux bâtiment où les employés classent des archives poussiéreuses en tapant des siestes entre deux étagères où les vieux livres s’empilent, non.

Le GSFC est l’un des centres névralgiques de la NASA qui a permis la naissance de monstres sacrés comme, entre autres, le télescope Hubble ou James Webb.

Cette bibliothèque était le cœur battant du campus de Greenbelt, un site de 500 hectares qui abritait les esprits les plus brillants de l’agence. En la démantelant, Trump fait tomber le premier domino qui entraînera tous les autres dans sa chute : sans cette base de connaissances située au milieu du site, l’administration a désormais le champ libre pour tuer le campus. Le plan est déjà acté : 13 bâtiments et plus de 100 laboratoires de pointe, désormais privés de leur cerveau, vont être fermés et rayés de la carte d’ici mars 2026.

Une méthode barbare, qui ne semble pas ébranler Jacob Richmond, porte-parole du GSFC. Si une partie des ouvrages sera stockée, le reste sera simplement « jeté à la poubelle », admet-il, froidement. Des décennies de recherche fondamentale et d’ingénierie de pointe qui seront traitées comme de vulgaires déchets ménagers par des bureaucrates qui n’ont probablement jamais ouvert un manuel de physique de leur vie.

Comme le souligne le sénateur Chris Van Hollen, l’administration Trump a passé l’année à « attaquer le centre Goddard et ses effectifs », sabotant délibérément la capacité des scientifiques à « approfondir notre compréhension de la Terre ». Un sabotage en règle, qui restera une plaie suppurante pour l’agence spatiale américaine.

Le vandalisme a déjà commencé, puisque l’association des ingénieurs et techniciens (GESTA) a rapporté que des équipements électroniques de test, indispensables à la validation des futurs engins spatiaux, ont déjà été détruits sous prétexte que c’est une… « méthode établie pour disposer des propriétés fédérales ». L’argument de procédurier n’est-il pas l’excuse éternelle des médiocres pour justifier l’irréparable ?

La transition numérique façon Trump

L’argument massue de l’administration pour justifier ce massacre ? Le progrès numérique. Sera ainsi mis en place un service dématérialisé nommé Ask a Librarian, pour remplacer la bibliothèque physique du GSFC. Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers avec la novlangue bureaucratique, il s’agit d’un simple portail web, une sorte de SAV du livre où les ingénieurs devront soumettre un ticket pour espérer recevoir un scan ou un prêt inter-bibliothèques.

Là encore, c’est une vulgaire insulte à la recherche de pointe : on demande à des génies qui conçoivent les propulseurs de demain de faire la queue virtuellement pour obtenir une malheureuse copie PDF, alors qu’ils avaient auparavant tout à portée de main pour valider leurs calculs en temps réel.

Nous assistons donc en temps réel à l’atrophie cérébrale de la plus grande agence spatiale au monde, alors même que Trump s’est mis en tête d’accélérer le programme Artemis. Une situation d’une bêtise abyssale : les USA veulent retourner sur la lune et établir des bases spatiales sur Mars le plus vite possible, mais crament en même temps leur ressources qui leur permettraient d’y arriver. Robert H. Goddard (qui a inspiré le nom du site), le père des fusées à ergols liquides, doit certainement se retourner dans sa tombe, voyant l’oncle Sam se crever les yeux avec une fierté de cancre, tout cela pour économiser trois sous sur le dos du génie humain.

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