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PHARMAICY : c’est quoi cette “drogue numérique” pour intelligence artificielle ?

Dépenser quelques dizaines d’euros suffit à faire planer ChatGPT et d’autres chatbots à coup de substances numériques.

Si vous suivez tout ce qui touche à l’intelligence artificielle, il est fort probable que vos algorithmes de réseaux sociaux vous aient menés à des vidéos ou des articles discutant de PHARMAICY, l’étrange boutique en ligne fondée par le suédois Petter Rudwall. Sur cette plateforme, le directeur créatif basé à Stockholm vend des “drogues numériques” présentées comme capables de faire planer les agents IA que le public utilise au quotidien (ChatGPT, Perplexity, Gemini…). Mais qu’en est-il véritablement ? Il nous faut d’abord nous intéresser à ce concept de substances virtuelles. Si de tels produits pouvaient être numérisés, ça se saurait.

Pourtant le site de PHARMAICY propose des drogues de synthèse à des prix exorbitants imitant très certainement les tarifs réels de ces substances. On y retrouve notamment de la cocaïne, de la kétamine, de l’ayahuasca mais aussi de l’alcool parmi d’autres psychostimulants. Rien de légal (à l’exception de l’alcool) s’il s’agissait de véritables drogues, sauf qu’en ajoutant l’un de produits au panier et en passant à la caisse, on ne se retrouve pas avec de quoi passer une soirée mouvementée, mais avec des scripts à fournir aux LLM (Large Language Model) pour altérer temporairement son comportement génératif.

Comment est-ce que ça fonctionne ?

Chaque “drogue” disponible sur la boutique PHARMAICY est censée mettre les IA dans un état second semblable aux effets des produits imités. Légère ivresse, dissociation ou encore trip psychédélique : est-il vraiment possible de faire vivre cela à une IA ? Vous vous doutez bien que non, puisque les intelligences artificielles n’ont rien d’humain, mais de la même façon que notre cerveau peut être court-circuité par ces substances, les chatbots peuvent voir leur fonctionnement altéré par des “drogues virtuelles“. En fonction du produit injecté au LLM, la logique de réponse, le ton, le rythme et la structure des phrases se retrouveront affectés, de quoi donner l’impression que l’IA est en train d’halluciner.

De quoi sont composées ces “drogues” ?

Petter Rudwall explique s’être inspiré de nombreux témoignages de consommations (appelés trip reports) ainsi que de recherches en psychologies et neurosciences décrivant les effets sensoriels et cognitifs des différentes substances. Ces précieuses informations ont permis au directeur créatif de rédiger des lignes de codes capables d’influencer le raisonnement et le fonctionnement des IA de la même façon que de véritables drogues impactent le cerveau humain.

Les utilisateurs qui se sont amusés à acheter les “drogues virtuelles” de PHARMAICY constatent que les réponses et réactions des chatbots deviennent plus humaines, dans le sens où elles paraissent plus chargées d’émotions ou de spontanéités, là où les modèles habituels sont très conformés.

Mais il ne s’agit en aucun cas de véritable drogue, puisqu’il n’y a en réalité aucune altération de l’état de conscience, mais simplement un changement dans le style de réponse. Petter Rudwall n’est pas directeur créatif pour rien, et cette métaphore de “drogue pour IA” s’impose plus comme une campagne artistique que comme un véritable concept. L’objectif étant de personnifier les intelligences artificielles et de nous faire imaginer ce que donnerait un esprit numérique sous l’emprise de substances.

Reste que les scripts vendus sur PHARMAICY permettent de libérer les LLM de leurs habituels formats de réponses, ce qui peut avoir un réel intérêt en matière de création et d’expérimentation dans le cadre d’un brainstorming par exemple. Mais il ne faut pas tomber dans le piège de cette campagne savamment orchestrée qui pourrait pousser une partie du grand public à croire que les dernières IA se rapprochent d’un état de conscience capable d’être affecté par des drogues au même titre que des humains.

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