Ces derniers mois, nous vous avons partagé un grand nombre d’informations sur le programme Artemis, afin de suivre, comme il le convient, son évolution. Des articles qui portaient principalement sur le plan technique et sur ses retards de calendrier, mais cette fois, nous allons nous attarder sur un autre sujet : la déesse que la NASA a choisie pour lui donner un nom. Consciemment ou non, l’agence américaine a réussi à épouser tout ce que représentait symboliquement Artemis pour la Grèce antique, un arrière-plan mythologique que l’on décodera ici.
Artémis, fille de Zeus et de Léto, sœur jumelle d’Apollon, est à la fois déesse de la Lune, de la chasse, des espaces sauvages, de la protection des animaux et gardienne des femmes. Les Grecs anciens voyaient en elle une déesse forte et indépendante, qui ne reculait devant aucun territoire inconnu, même si elle devait pour cela braver l’ordre établi de l’Olympe.
Un contraste évident avec le programme Apollo, puisque dans la mythologie grecque, Apollon et Artémis sont inséparables : deux jumeaux nés sur l’île de Délos, qui gouvernent respectivement le Soleil et la Lune, le jour et la nuit. Il existe donc une continuité symbolique entre les deux : après Apollo, son programme successeur ne pouvait porter qu’un nom issu de la même fratrie mythologique.
Artémis : la Lune, un territoire à reconquérir
La mythologie grecque conférait à Artémis un courage inébranlable et une souveraineté sur les terres sauvages délaissées par la civilisation, où mortels et dieux respectaient son isolement. Armée de son arc divin en or et des flèches forgées par les Cyclopes, elle chassait dans les forêts les plus profondes où personne n’osait s’aventurer.
À l’origine, la Lune avait son propre nom dans le panthéon grec : Séléné, fille d’Hypérion, qui conduisait son char d’argent à travers le ciel nocturne pendant qu’Hélios, son frère, faisait de même avec le Soleil le jour. Artémis n’avait pas ce rôle originellement, mais, dans la poésie et la religion populaire, les deux figures ont progressivement fusionné, Artémis assimilant les attributs de Séléné jusqu’à devenir, dans les croyances grecques tardives, la Lune elle-même.
Les premières missions Apollo se sont concentrées sur les zones équatoriales de la Lune, plus éclairées et accessibles. Artemis, au contraire, vise le pôle sud lunaire, une région que le Soleil n’a jamais vraiment percé, où de nombreux cratères sont plongés dans l’obscurité depuis des milliards d’années.
C’est ici que sont concentrées des réserves de glace d’eau potentiellement exploitables pour que peut-être un jour, nous puissions y poser les premières infrastructures habitées. Un choix scientifique d’abord, mais qui s’accorde, presque trop bien, avec le nom d’une déesse qui s’aventurait dans les espaces abandonnés par la lumière.
La NASA a également revendiqué le fait que le nom du programme se devait d’être féminin dès 2019, une condition non négociable. Un acte politique et social fort de la part de l’agence, qui souhaitait rompre avec l’image masculine que l’on a attribuée inconsciemment à la conquête spatiale. Comme Artemis sera également le premier programme spatial au monde à permettre à une femme de fouler le sol lunaire, qui portera enfin l’empreinte de celles injustement laissées sur Terre.
Symboliquement, il est parfaitement logique que la NASA puise dans la densité de la mythologie grecque pour ses différents programmes. Les dieux de l’Olympe étaient, dans l’Antiquité, les seules figures qui pouvaient réellement incarner ce que l’être humain ne pouvait encore réaliser. Traverser le ciel, s’approcher des astres (Phéton/Icare), maîtriser le temps ou le destin (Chronos / Les Parques), contrôler la puissance du feu (Héphaïstos)… En aucun cas il ne s’agit d’un choix pour « faire savant » ou pour jouer aux intellectuels, mais parce que cet ensemble de récits était la meilleure source d’inspiration de l’histoire occidentale. Source dans laquelle l’humanité a, pendant 1 000 ans, puisé les symboles de sa propre émancipation face aux limites de la nature. Un panthéon dans lequel Artémis mérite entièrement sa place.
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