Après le report d’Artemis II il y a une semaine, nous avons une autre mauvaise nouvelle à vous annoncer, qui décevra plus d’un spatiophile. Jared Isaacman, l’administrateur fraîchement arrivé aux commandes de la NASA, vient d’acter lors d’une conférence de presse ce que beaucoup redoutait : en 2027, aucune botte américaine ne s’enfoncera dans la poussière du pôle Sud lunaire. Artemis III, mission que l’on nous présentait comme l’apothéose de la décennie, vient d’être déclassée.
Elle n’a pas été annulée à proprement parler, mais elle a été rétrogradée en mission d’essai orbital. Ainsi, le vrai retour vers la Lune se fera certainement en 2028, lors des missions Artemis IV ou V.
Le SLS : un fardeau budgétaire et industriel
Cette décision est l’aboutissement d’une série noire pour le Space Launch System (SLS), le méga-lanceur de la NASA qui accumule les déboires ces derniers temps. Après les fuites d’hydrogène qui avaient déjà fait déraper le calendrier d’Artemis I, ce sont désormais des anomalies de régulation de pression d’hélium sur le lanceur qui ont contraint l’agence à renoncer à l’échéance de mars 2026.
L’heure est à la reconstruction des « compétences de base » de l’agence. Isaacman veut purger la NASA de son ancien fonctionnement, hérité d’une autre époque, qu’il considère comme n’étant plus compatible avec les exigences modernes du New Space. Selon lui, elle doit absolument arrêter de traiter ses lanceurs comme des pièces d’orfèvrerie, bichonnées pendant des années avant de se lancer.
En gros, adopter l’agilité des acteurs privés comme SpaceX ou Blue Origin, et basculer vers une approche industrielle et itérative, permettant de progresser plus rapidement. S’il a pris la décision du report d’Artemis III, c’est aussi pour protéger le programme de ses propres défauts.
Contrairement au Starship de SpaceX, conçu verticalement dans un seul périmètre à Boca Chica, le SLS est un Frankenstein administratif. Pour garantir son financement année après année, la NASA a dû diviser la production de ses composants chez des milliers de sous-traitants répartis dans les 50 États américains. C’est le prix à payer pour s’assurer qu’aucun sénateur ne vote contre le budget d’une fusée qui fait vivre les usines de sa propre circonscription.
Une stratégie qui n’est plus tenable industriellement, puisque la chaîne logistique qui s’est construite autour du SLS est bien trop complexe. Un problème en entraînant un autre, c’est l’effet domino dès qu’une soupape pète ou qu’un réservoir présente un défaut : nous caricaturons, évidemment, mais la vérité n’est pas si loin. « Lancer tous les trois ans et procéder à des changements massifs dans la configuration du véhicule n’est pas une recette pour le succès », a martelé Isaacman.
Maintenant, si Artemis III n’enverra pas l’Homme sur la Lune, à quoi servira-t-elle ? Elle sera un banc d’essai, qui servira à fiabiliser ce qui ne l’est pas encore. Plutôt que de risquer un alunissage avec des équipements n’ayant jamais quitté les simulateurs terrestres, l’équipage se concentrera sur des tests en orbite : l’amarrage avec le Starship HLS de SpaceX, la sortie extravéhiculaire en microgravité pour éprouver les nouvelles combinaisons d’Axiom Space, le transfert d’ergols cryogéniques et la gestion des systèmes de survie sur une durée prolongée.
La décision d’Isaacman s’entend parfaitement et on sait que l’homme est suffisamment aguerri pour ne pas l’avoir prise à la légère. Depuis son arrivée à l’agence, sa posture est celle d’un réformateur, et il s’y tient. Même si, pour nous, amateurs d’espace, ce report est nécessairement un peu décevant, nous devons lui faire confiance. « Je suis optimiste : nous avons désormais une feuille de route réaliste pour mener à bien la mission selon l’échéancier que nous nous sommes fixé », a-t-il expliqué vendredi. On a attendu 50 ans, on peut attendre deux ans de plus pour que tout soit parfait : rendez-vous en 2028 !
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