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Protection des mineurs : Pornhub pourrait bientôt être interdit dans toute l’Europe

La Commission européenne a rendu ses conclusions préliminaires contre quatre géants du porno, et le bilan est le même qu’en France : accusés de violer le DSA en laissant les mineurs accéder librement à leurs contenus, et la facture pourrait être salée.

Sur la grande majorité des sites pornographiques, la vérification d’âge se résumait, depuis des années, à cocher une case ou cliquer sur un bouton pour attester de sa majorité. Un dispositif largement critiqué pour son inefficacité, qui a déjà fait l’objet de multiples sanctions : dans plusieurs États américains et en France, la législation s’est durcie, obligeant les plateformes à se plier à des vérifications d’âge plus strictes, ou à plier bagage. Bruxelles vient de mettre un coup d’arrêt officiel au vide qui entoure le porno en ligne.

Un clic ne suffit plus

Le 26 mars 2026, la Commission européenne a publié ses conclusions préliminaires contre quatre plateformes pornographiques majeures : Pornhub (filiale du groupe Aylo), Stripchat, XNXX et XVideos. Le verdict est clair : ces sites ont enfreint le règlement européen sur les services numériques, le DSA (Digital Services Act), en ne protégeant pas les mineurs contre l’exposition à des contenus pornographiques.

L’enquête avait été ouverte en mai 2025 à l’encontre de ces quatre plateformes, dont les éditeurs sont basés à Chypre et en République tchèque. Pendant près d’un an, la Commission a épluché leurs rapports internes et les procédures de contrôle d’accès. Ce qu’elle a trouvé est, pour le moins, accablant.

Une vérification lacunaire

Premier problème : les plateformes n’ont pas identifié ni évalué avec la rigueur requise les risques que leurs services font peser sur les mineurs. Second, plus grave encore : même lorsque des risques ont été identifiés en interne, les analyses réalisées accordaient une importance disproportionnée aux préoccupations commerciales, plutôt qu’aux risques sociétaux concrets pour les enfants. Plus concrètement, les sites savaient, et ont préféré protéger leur image plutôt que les mineurs.

La Commission enfonce le clou en notant que Stripchat, XVideos et XNXX ont également écarté les solutions proposées par des ONG spécialisées dans les droits de l’enfant concernant l’amélioration des dispositifs de protection d’âge. Côté technique, l’auto-déclaration est explicitement déclarée insuffisante par la Commission, et s’aligne sur la décision française prise quelques années plus tôt, avec la loi SREN. D’autres mesures testées par certains sites, comme le floutage des pages ou l’ajout de mentions restrictives, ont également été jugées trop légères. Le DSA exige des mesures plus efficaces.

Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a sommé les plateformes de mettre en place un vrai système de vérification d’âge, respectueux de la vie privée et de la sécurité des mineurs, sous peine de ne plus pouvoir continuer à opérer en Europe. Les sites concernés ont désormais la possibilité de proposer des mesures correctives, mais la Commission se réserve le droit d’adopter une décision de non-conformité assortie d’une amende pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial. Pour des plateformes comptant parmi les plus fréquentées d’internet, la note pourrait être considérable.

Meta et YouTube condamnés aux États-Unis

En parallèle, les autorités nationales des États membres ont lancé une “action coordonnée” contre les plateformes pornographiques de plus petite taille qui ne se conforment pas non plus au DSA. Le filet se resserre à tous les niveaux, y compris chez les plateformes traditionnelles. La Commission a également annoncé l’ouverture d’une enquête formelle contre Snapchat, le réseau social aux éphémères messages prisé des adolescents. Le groupe américain Snap Inc. comptait fin 2025 pas moins de 97 millions d’utilisateurs dans l’Union européenne, dont plus de 28 millions en France. Bruxelles soupçonne l’application de ne pas vérifier correctement l’âge de ses utilisateurs, l’exposant ainsi à des risques de manipulation à des fins sexuelles ou de recrutement par des réseaux criminels.

Ce double coup de semonce intervient dans un contexte de durcissement global. En Europe, TikTok a déjà été prendre des mesures. Facebook et Instagram font l’objet de deux enquêtes séparées, dont une focalisée précisément sur la protection des mineurs, avec des conclusions attendues “prochainement” selon la Commission. Aux États-Unis, un jury vient de condamner Meta et YouTube pour avoir exposé une jeune femme à des contenus addictifs, jugés néfastes pour sa santé mentale.

La Commission développe par ailleurs une application de vérification d’âge, actuellement en phase pilote. L’objectif affiché est de proposer une méthode à la fois fiable et respectueuse de la vie privée, mais le chantier est complexe : la CNIL française avait rappelé dès 2021 les risques de traçage indirect que toute vérification d’âge peut générer, particulièrement sensibles lorsqu’il s’agit de mineurs.

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