L’histoire pourrait presque prêter à sourire si elle ne concernait pas directement le gagne-pain de toute une profession. Huit comédiens de doublage français ont envoyé fin janvier des mises en demeure à deux sociétés spécialisées dans le clonage vocal, VoiceDub et Fish Audio. Leur reproche est simple : leurs voix se retrouvent dans des catalogues accessibles au public, sans qu’ils aient donné leur accord. Ces plateformes proposent en effet un service assez direct : écrire un texte, choisir une voix, et laisser l’IA faire le reste. Le problème, c’est que certaines de ces voix ne sont pas anonymes. On y retrouve celles de figures bien connues du doublage, mais aussi des personnalités publiques.
Des voix connues utilisées sans prévenir
Françoise Cadol, qui double notamment Angelina Jolie ou Sandra Bullock, raconte à l’AFP avoir reconnu sa propre voix — « légèrement altérée », mais suffisamment identifiable. « Tout se passe sans notre autorisation », déplore-t-elle en évoquant une utilisation commerciale de son travail sans compensation. Même constat pour Richard Darbois, voix française de Richard Gere ou Buzz l’Éclair, qui juge la situation « très grave ».
Derrière ces témoignages, une inquiétude plus large s’installe : celle de voir les missions se raréfier à mesure que ces outils gagnent en popularité. Certains comédiens parlent déjà d’un marché qui se contracte. Face à cette situation, la profession s’organise. Des manifestations ont eu lieu à Paris et un collectif baptisé « TouchePasMaVF » a vu le jour, avec un mot d’ordre clair et net : défendre un doublage réalisé par des humains.
Sur le plan juridique, les comédiens s’appuient notamment sur le droit à la vie privée. Leur avocat, Jonathan Elkaim, rappelle que la voix est protégée au même titre que l’image. Et surtout, peu importe que les entreprises soient basées aux États-Unis : dès lors que leurs services sont accessibles en France et visent un public français, la loi française peut s’appliquer.
Les premières réponses des plateformes montrent que cette approche n’est pas sans effet. VoiceDub a rapidement retiré les contenus signalés. Fish Audio a mis un peu plus de temps, mais a fini par suivre. Résultat : des dizaines de doubleurs ont déjà obtenu la suppression de clones vocaux les concernant.
Ce type d’affaire n’est pas isolé. Partout dans le monde, des acteurs montent au créneau. Scarlett Johansson avait déjà dénoncé l’utilisation d’une voix proche de la sienne dans ChatGPT. Matthew McConaughey, de son côté, a pris les devants en déposant des éléments de sa voix et de son image pour mieux les protéger. Reste que le cadre juridique peine encore à suivre le rythme des technologies. « Aujourd’hui ce sont les acteurs, mais demain ce sera potentiellement tout le monde », avertit Jonathan Elkaim.
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