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Taxe petits colis : le gouvernement a peut-être trouvé comment faire payer Shein et Temu

Un mois après son entrée en vigueur, la taxe française sur les petits colis est ouvertement contournée par Shein, Temu et AliExpress. Le gouvernement maintient la mesure, et durcit le ton.

Depuis le 1er mars 2026, une taxe de 2€ par catégorie d’article s’applique sur chaque colis de moins de 150€ importé hors de l’Union européenne. Le texte vise clairement les grande plateformes chinoises, avec Shein, Temu et AliExpress en ligne de mire.

Moins de vingt-quatre heures après l’entrée en vigueur de la taxe, les plateformes avaient complètement revu leur logistique, en atterrissant à Liège ou Amsterdam. Les colis rejoignent ensuite la France par camion, en passant librement la frontière grâce à l’espace Schengen. Une solution de contournement qui risque de ne pas durer. En obligeant Shein et ses concurrents à rediriger leurs flux via le Benelux et à absorber le coût du fret routier à travers l’Europe, la France les force à manœuvrer de plus en plus difficilement. Une première victoire estime le gouvernement, qui va irrémédiablement conduire à un changement structurel : si faire transiter les colis par un pays voisin coûte plus cher qu’avant, les plateformes seront à terme contraintes de stocker leurs marchandises en Europe plutôt que d’expédier directement depuis la Chine.

Un calendrier serré pour boucher les trous

Le 23 mars 2026, un arrêté conjoint du ministre Serge Papin et du ministre des Comptes publics David Amiel a étendu les prérogatives des douaniers français, qui pourront désormais contrôler des colis issus du e-commerce même s’ils ont déjà été dédouanés dans un autre État membre. Une mesure qui ne résout pas le problème de fond, mais qui vise à bloquer l’entrée de produits non conformes aux normes européennes, jouets défectueux ou équipements hors standard, qui profitaient jusque-là de l’espace de libre circulation pour entrer sans contrôle.

Surtout, Paris joue la montre en misant sur le calendrier européen. À partir du 1er juillet 2026, un droit de douane forfaitaire de 3€ par catégorie d’article s’appliquera dans l’ensemble de l’Union, en complément de la taxe française. La facture totale monterait alors à 5€ par catégorie pour un colis livré en France. En novembre 2026, une taxe harmonisée, rendant le contournement via le Benelux logiquement sans objet puisque tous les États membres appliqueront les mêmes règles. La France pousse activement pour que ce dispositif européen soit activé au plus vite, idéalement dès le 1er juillet.

La France encaisse le coup

En attendant, les dégâts collatéraux sont réels. Les entreprises françaises de logistique, qui assuraient le dédouanement, le tri et la distribution de ces colis à Roissy, voient les flux se déplacer à l’étranger. Le gouvernement n’a par ailleurs toujours pas chiffré ce que la taxe a réellement rapporté depuis le 1er mars, sur les 400 à 500 millions d’euros annuels initialement prévus.
5,8 milliards de petits colis ont été livrés en Europe en 2025, dont 97% en provenance de Chine. L’enjeu dépasse largement la question fiscale : il s’agit de savoir si les règles commerciales du marché unique peuvent encore s’imposer à des acteurs dont le modèle économique repose précisément sur leur capacité à les esquiver.

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