Depuis le début de l’année 2026, les usagers du métro parisien n’ont pas pu rater les affiches. Un pendentif blanc, des slogans aux airs de promesses, et une sacrée vague de rejet de la part du grand public : Friend est un collier dopé à l’intelligence artificielle, capable d’enregistrer en permanence les conversations de son porteur et de celles et ceux qui l’entourent. Sans vraiment leur demander leur avis.
Vendu 113€, le collier ne sera finalement pas commercialisé en Europe, du moins pour l’instant. La raison invoquée par son fondateur, Avi Schiffmann était largement prévisible : un collier qui vous espionne H24 n’est pas franchement confirme au RGPD. Il n’est toutefois pas question d’abandonner le navire : interrogé par FranceInfo, la marque mise sur une mise en conformité rapide, et une commercialisation d’ici le mois prochain. Un calendrier optimiste au regard des obstacles accumulés.
Un collier qui vous espionne
Le principe de Friend est simple. Le pendentif intègre un microphone actif en continu, capable de capter l’environnement sonore de l’utilisateur toute la journée, de retranscrire ses conversations, identifier les interlocuteurs, et fournir un compte-rendu détaillé. Ces données transitent via Bluetooth vers le smartphone, puis sont traitées par Gemini, le modèle d’IA de Google. Le collier peut ensuite envoyer des messages personnalisés, proposer des activités et même engager la conversation de façon spontanée en fonction de ce qu’il a “relevé”. Le problème central, et il est massif, est que tout cela se passe indépendamment du consentement des personnes enregistrées.
C’est précisément ce point qui a alerté la Commission nationale de l’informatique et des libertés. La CNIL s’est autosaisie en février, pointant le risque d’une “collecte massive de données possiblement sensibles“, incluant des informations sur la santé, l’opinion politique ou l’orientation sexuelle des personnes captées à l’insu de leur gré. L’autorité s’interroge aussi sur “le sort des données, leur lieu de stockage, leur sécurisation et sur leur possible réutilisation à des fins d’entraînement du système d’IA“.
Avi Schiffmann se défend en assurant que les données sont chiffrées et que Friend “ne forme pas de modèle sur vos données” et “ne regarde pas vos conversations“. Des garanties qui, dans le contexte européen, ne suffisent manifestement pas à rassurer les autorités de protection des données.
Une stratégie marketing calculée
Ce qui est intéressant dans le cas Friend, c’est la façon dont la polémique a été intégrée dès le départ à la stratégie commerciale. La campagne d’affichage a provoqué des réactions hostiles dans le métro new-yorkais à l’automne 2025, puis à Paris début 2026, alors même que chez nous, l’objet connecté n’avait encore obtenu les autorisations nécessaires. Le bad buzz aurait pu fonctionner, mais derrière le bruit médiatique, les chiffres de ventes restent modestes outre-Atlantique. Avant octobre 2025, 3 000 colliers avaient été vendus aux États-Unis.
La véritable question que soulève Friend n’est pas technique. Elle est sociale. Les enceintes connectées enregistrent déjà nos maisons, nos smartphones captent nos conversations, les réseaux sociaux traquent nos comportements. Mais un collier porté sur soi, en continu, qui enregistre aussi celles et ceux qui n’ont pas choisi de l’être, franchit un seuil symbolique en matière d’écoute.
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