Matt Brittin, le directeur général de la BBC, a récemment reçu un épisode de Doctor Who entièrement généré par IA. Pas une courte démonstration de quelques secondes, mais un épisode complet de 50 minutes. Invité à donner son avis lors de la convention londonienne de la Royal Television Society, le dirigeant s’est montré assez conciliant : selon lui, le résultat était « plutôt bon ». Gloups.
Cinquante minutes d’IA dans le Tardis
Il a aussitôt précisé que l’IA n’allait pas remplacer les humains, avant d’ajouter que le sujet serait abordé plus tard. De quoi laisser planer quelques questions, surtout venant d’un dirigeant qui a auparavant présidé les activités de Google en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Matt Brittin estime que les outils actuels permettent désormais à presque tout le monde de produire du contenu proche des standards d’un studio hollywoodien. Il reconnaît que le résultat n’est pas toujours parfait, mais souligne aussi la rapidité avec laquelle ces technologies progressent.
Son discours rejoint celui d’une partie de plus en plus importante de la production audiovisuelle qui considère que l’IA peut réduire les coûts de production, permettre la création d’un plus grand nombre d’histoires et ouvrir la création à davantage de personnes. Le patron de la BBC avait déjà indiqué qu’il pourrait autoriser la fabrication et la présentation d’un programme par une IA, à condition de poser des garde-fous.
Ces déclarations ne concernent pas uniquement les amateurs d’expériences technologiques. Elles arrivent alors que la BBC prépare l’avenir de Doctor Who, une série diffusée depuis plus de 60 ans. Le groupe a lancé un appel d’offres afin de trouver un nouveau partenaire de production (Disney s’est retiré de l’équation), tandis qu’une nouvelle équipe créative doit reprendre le programme dans les prochaines années.
La situation financière de la BBC ajoute une dimension beaucoup moins légère à cette discussion. Le diffuseur public cherche à réaliser 500 millions de livres d’économies. Cette politique doit entraîner plusieurs centaines de suppressions de postes et pourrait également provoquer la fermeture de certaines chaînes.
Une des chaînes, la BBC Three, est sur la sellette, dans sa version linéaire. Matt Brittin a rappelé que la BBC devait comparer l’usage de ses services à la demande avec celui de ses chaînes traditionnelles, pour déterminer si chaque sou issu de la redevance était dépensée au bon endroit. Il semble assez clair que la BBC va subir une restructuration de grande ampleur dans les mois à venir, et Doctor Who pourrait en subir les conséquences.