Après youtube-dl, voici yt-dlp. Dans sa contribution à la future liste européenne 2027 sur la contrefaçon et le piratage, l’IFPI demande que ce logiciel soit ajouté aux services de « stream ripping », aux côtés de sites comme Savefrom ou Y2mate. Pour l’industrie musicale, l’affaire est simple: yt-dlp permet de récupérer et de conserver des contenus issus de plateformes sous licence, notamment YouTube, sans autorisation.
Un petit outil devenu très encombrant
yt-dlp n’est pourtant pas un site de téléchargement avec gros boutons et publicités partout. C’est un outil en ligne de commande, écrit surtout en Python, que l’on installe pour extraire des vidéos, de l’audio et des métadonnées à partir d’une URL. Son cœur bat sur GitHub, où se trouvent le code source, les mises à jour, les versions précompilées et les instructions d’installation. Il est aussi disponible ailleurs, notamment sur PyPI.
Le projet est né en 2021 sous la forme d’un fork de youtube-dl, un logiciel plus ancien lancé en 2006. Et il a bien grandi. Selon les chiffres cités par l’IFPI pour le mois de juillet, son dépôt GitHub comptait environ 14.400 forks, plus de 179.000 étoiles, près de 1.900 contributeurs et plus de 110 versions publiées. Autrement dit, ce n’est plus un petit script bricolé dans un coin.
L’organisation qualifie yt-dlp de « problème majeur » pour la musique, notamment parce que son caractère open source et sa diffusion très large le rendent difficile à contrôler. Ce nouveau casse-tête pour l’industrie musicale fait partie d’une histoire déjà mouvementée. En 2020, la RIAA avait obtenu le retrait temporaire de youtube-dl de GitHub via une notification DMCA. GitHub avait finalement rétabli le dépôt quelques semaines plus tard.
En Allemagne, la filière a eu plus de succès contre Uberspace, l’hébergeur du site officiel de youtube-dl: en novembre 2024, la cour d’appel de Hambourg a confirmé une décision défavorable à l’hébergeur. Dans sa soumission, l’IFPI rappelle qu’elle suit plus de 300 sites de stream ripping et affirme que ces services nuisent aux revenus publicitaires, aux abonnements payants et aux téléchargements légaux. Elle cite aussi la fermeture de Y2mate et de onze autres sites l’an dernier au Vietnam.
Mais concernant yt-dlp, la suite est moins claire. L’IFPI veut le voir sur la liste européenne, sans demander explicitement le retrait du dépôt, le blocage du logiciel ou une action contre ses développeurs. Le texte ne s’attarde pas non plus sur les usages légaux possibles, comme l’archivage de ses propres contenus ou de médias libres.