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Il y a suffisamment de glace sous l’Antarctique pour faire monter les océans de quatre mètres

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L’Antarctique avait jusqu’à présent cette réputation d’être plutôt tranquille. Il ne faut pas trop s’y fier : le bassin glaciaire de Wilkes contient suffisamment de glace pour faire grimper le niveau moyen des océans de trois à quatre mètres. Et les scientifiques connaissent encore très mal cette immense région.

Il reste des endroits sur Terre dont on ne sait finalement pas grand-chose. Le bassin sous-glaciaire de Wilkes en fait partie, avec une petite difficulté supplémentaire : il est caché sous une épaisse couche de glace. Cette gigantesque dépression du socle rocheux s’étend sur environ 1.400 kilomètres le long des montagnes Transantarctiques. Une étude publiée dans Nature Reviews Earth & Environment fait le point sur les connaissances disponibles en croisant géologie, océanographie, climatologie, observations satellitaires et modélisation.

De la glace pas si tranquille

Et surtout, elle dresse la longue liste de ce que les scientifiques ignorent encore. « Le bassin sous-glaciaire de Wilkes est sans doute le dernier endroit inexploré de l’Antarctique », résume Matt King, professeur à l’université de Tasmanie et principal auteur de l’étude. Le bassin de Wilkes mérite pourtant un peu d’attention. Une grande partie du socle rocheux sur lequel repose sa glace se trouve sous le niveau de la mer. De l’eau océanique plus chaude pourrait donc atteindre certaines zones où la calotte rencontre l’océan et accélérer son recul.

Les modèles étudiés par les chercheurs montrent que, si certains points d’ancrage rocheux étaient dépassés, ce recul pourrait atteindre jusqu’à un kilomètre par an par endroits. Impossible toutefois d’en déduire quand, ou même si, un tel scénario se produira : les observations sont encore trop limitées pour déterminer les seuils de réchauffement qui provoqueront ce genre de changements majeurs.

L’enjeu n’en reste pas moins considérable. Le bassin contient suffisamment de glace pour augmenter à terme le niveau moyen des océans de trois à quatre mètres s’il venait à perdre toute sa glace. Quelques signes montent que les choses bougent dans ce coin du monde. Le glacier Cook, l’un des principaux glaciers de la région, s’amincit à un rythme croissant depuis les années 1990 et rejette actuellement environ 40 milliards de tonnes de glace dans l’océan chaque année.

Pour savoir ce qui se passe réellement, encore faudrait-il pouvoir aller voir. Aucun navire ne s’est approché à moins de 150 kilomètres du front du glacier Cook. Les scientifiques ne disposent d’aucune cartographie réalisée sur place des fonds marins et connaissent encore très mal les conditions océaniques locales.

Les archives géologiques montrent pourtant que le bassin a déjà fortement reculé durant de précédentes périodes chaudes. « Les données des précédentes périodes chaudes suffisent à tirer la sonnette d’alarme », prévient Matt King. Les chercheurs de 14 pays à l’origine de l’étude réclament donc une campagne internationale pour cartographier la zone et multiplier les observations.

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