Décrocher un rôle dans un film à gros budget n’est pas toujours simple à assumer. Et quand ledit rôle est iconique, la tâche peut vite devenir encore plus ardue. Pour le coup, le casting du nouveau film Street Fighter partage un sacré point en commun. Peu importe l’acteur que l’on a interrogé, qu’il s’agisse d’un acteur confirmé ou d’une star du catch comme Roman Reigns ou Cody Rhodes, tous partagent la même crainte : ne pas être à la hauteur du personnage qu’ils sont censés incarner sur grand écran. Cody Rhodes, habitué des grands shows à l’américaine avec le catch, parle facilement “de pression”, au moment d’évoquer son interprétation de Guile.
Deux acteurs du roster du film de Kitao Sakurai sont particulièrement anxieux à l’idée d’accueillir la réaction du public et d’être, ou pas, à la hauteur de leur attente : Andrew Koji et David Dastmalchian. Rien de bien étonnant : le premier prête ses traits à Ryu, baroudeur iconique des jeux de combat et fer de lance de la licence Street Fighter et le second incarne le grand méchant tout aussi iconique de la saga.
“Des gens ont passé les dernières décennies à jouer Bison ou à l’affronter, ils ont consacré des centaines, des milliers d’heures de leur vie à s’immerger dans l’univers de Street Fighter, estime David Dastmalchian. Alors, les voir observer un gars arriver pour donner vie à ce personnage, c’est énorme, et je ne veux pas les décevoir.”
“Raul Julia est une légende”
Si Andrew Koji a pour lui de n’avoir eu aucun acteur suffisamment renommé ou marquant à avoir incarner Ryu avant lui, David Dastmalchian, lui, a le regretté Raul Julia comme exemple. Ce dernier incarnait un M. Bison plutôt convaincant et intéressant (si on peut le dire) dans un film qui avait tout du nanar. Surtout, Raul Julia n’est autre que l’un des acteurs préférés de David Dastmalchian, habitué jusque-là des seconds rôles plutôt atypiques (Suicide Squad, Antman…). Et hors de question pour l’intéressé de tenter de l’imiter dans sa façon de jouer ou de chercher à tout prix à s’opposer à sa version du personnage.
“Jouer en opposition à Raul Julia serait absurde de ma part, nous a martelé David Dastmalchian. Au contraire, je regarde ce qu’a fait Raul Julia, pas seulement son M. Bison, mais l’ensemble de sa carrière et je vois ça comme n’importe quel grand artiste, athlète ou musicien regarderait son héros avec inspiration. Ce que je peux faire, c’est m’investir dans ce personnage et cet univers avec la même imagination et la même conviction que M. Julia apportait à toutes ses prestations. En toute humilité, je n’aurai jamais le niveau d’un acteur comme Raul Julia. Pour moi, c’est une légende. Ce serait comme prétendre égaler Lon Chaney, Christopher Lee, John Cazale ou Meryl Streep”.
Andrew Koji a travaillé le côté sombre de Ryu
“Ces comédiens sont au sommet pour moi. Mais je me défoncerai au travail pour essayer de m’en rapprocher. Je vois donc ça comme une source d’inspiration. C’est le sommet de la montagne. Et chaque jour en allant tourner, je me disais, en pensant à lui, mais aussi à Marlon Brando dans Apocalypse Now, son colonel Kurtz a été une immense source d’inspiration. Ou à Forest Whitaker dans Le Dernier Roi d’Écosse incarnant Idi Amin Dada, lui aussi représente un sommet pour moi. C’est ce cercle : Raul Julia, Marlon Brando, Forest Whitaker.”

Andrew Koji, lui, a un peu moins de pression. S’il reconnaît son anxiété par rapport aux potentiels retours des fans, il a la chance d’incarner un personnage qui n’a pas eu d’adaptation mémorable en live action avant ce film. Il a tout à gagner en essayant de respecter Ryu et son lore au maximum. Ce que lui et Kitao Sakurai ont tenté de faire, en plaçant un élément important du personnage dans le jeu Street Fighter, le Satsui No Hado, la part d’ombre surpuissante de Ryu. “On a tous une part d’ombre avec laquelle on lutte en nous-mêmes. La lutte de Ryu concerne vraiment le Satsui no Hado. C’est presque comme dans Star Wars : l’obscurité intérieure, puis le pouvoir du vide, le Mushin (l’esprit neutre). Je suis allé assez loin sur le plan psychologique parce qu’il se passe beaucoup de choses chez Ryu”. Reste à savoir si ce travail sur lui-même sera suffisant pour convaincre le public.