Le samedi 17 octobre, en marge de la mobilisation contre la vie chère, plusieurs magasins d’électronique ont été pillés en France. À Lille, l’Apple Store de la rue Faidherbe a été forcé et vidé d’une partie de ses iPhone, iPad et Mac, tout comme celui de la rue Sainte-Catherine à Bordeaux. Le magasin bordelais a rouvert dès le lundi 19 octobre, avec des horaires réduits (de 14 h à 18 h), alors que celui de Lille est resté fermé jusqu’à ce mercredi 21 octobre. Les boutiques des opérateurs ont elles aussi été visées. Bouygues Telecom compte 19 magasins touchés, dont 4 qui devront être entièrement refaits, SFR en recense une quinzaine, et le syndicat CFE-CGC d’Orange parle d’au moins vingt boutiques vandalisées. Free n’a pas communiqué de chiffre, et Apple n’a fait aucun commentaire sur les deux magasins français.
“Cet appareil a été désactivé et est en cours de géolocalisation”
Dès le dimanche 18 octobre, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré des iPhone volés à Lille affichant un message en plein écran. On peut y lire que l’appareil “a été désactivé et est en cours de géolocalisation”, que “les autorités vont être alertées”, et il est demandé de rapporter le téléphone à l’Apple Store de Lille. Ces vidéos n’ont pas pu être authentifiées, mais le message correspond au fonctionnement des appareils d’exposition d’Apple. Les iPhone et iPad posés sur les tables des magasins tournent en effet avec une version modifiée du système, qui empêche de toucher à certains réglages de sécurité et d’ajouter un compte iCloud personnel.
🚨📱 | Suite au pillage de l’Apple Store de Lille, les iPhone ont été désactivés, les rendant inutilisables avec un message s’affiche sur leur écran. pic.twitter.com/qhO5gRybQF
— L'infoduNord (@INFODUNORD) October 18, 2026
Apple utilise ce système depuis plusieurs années. Lors des pillages qui avaient suivi la mort de George Floyd aux États-Unis, début juin 2020, des iPhone volés dans les magasins de Philadelphie, de New York et de Washington affichaient déjà un message presque identique : “Veuillez rapporter cet appareil à Apple Walnut Street. Cet appareil a été désactivé et est suivi. Les autorités locales vont être alertées”. Apple avait alors refusé de commenter, en expliquant ne pas s’exprimer sur les questions de sécurité. En France, l’Apple Store de la place Kléber à Strasbourg avait lui aussi été pillé en plein après-midi le 30 juin 2023, pendant les émeutes qui avaient suivi la mort de Nahel. Les appareils de démonstration arrachés de leurs tables avaient alors été bloqués de la même façon. Il faut préciser qu’Apple refuse aussi de réparer ces appareils, même quand ils ont été rachetés de bonne foi.
Samsung équipe lui aussi ses téléphones d’exposition d’un système de verrouillage à distance, appelé Knox Mobile Enrollment, que les magasins gèrent eux-mêmes. Google, Xiaomi et Honor proposent des outils du même type.
Les téléphones neufs bloqués grâce à leur numéro IMEI
Pour les téléphones encore neufs, emportés dans leur boîte chez SFR à Paris et à Marseille, chez Orange à Rennes ou à la Fnac de Nantes, c’est le numéro IMEI qui sert. Cet identifiant de 15 chiffres est imprimé sur l’étiquette de l’emballage, et Fnac-Darty a d’ailleurs rappelé que “les produits concernés sont identifiés par un numéro IMEI”. La règle est fixée par l’article L34-3 du Code des postes et des communications électroniques, qui oblige les opérateurs à bloquer les téléphones déclarés volés dans un délai de quatre jours ouvrés après avoir reçu la déclaration officielle de la police ou de la gendarmerie. Depuis 2011, les enquêteurs transmettent directement ces numéros aux opérateurs, et Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free consultent une base commune à chaque tentative de connexion. Un téléphone inscrit dans cette base ne peut plus passer d’appel, envoyer de SMS ni utiliser Internet, quelle que soit la carte SIM, sauf vers les numéros d’urgence. Il faut préciser que la loi prévoit aussi l’inverse. Un officier de police judiciaire peut demander, avec l’accord du procureur ou du juge d’instruction, qu’un appareil volé ne soit pas bloqué, ce qui permet de le laisser fonctionner pour le suivre. Bouygues Telecom a d’ailleurs confirmé qu’un juge pouvait obtenir la position d’un téléphone par réquisition.
Ce système a tout de même ses limites, puisque le blocage ne vaut qu’en France et qu’un téléphone bloqué continue à fonctionner en Wi-Fi. En avril 2026, une question écrite au Sénat avait déjà pointé ses failles, en citant un opérateur qui perdait chaque année entre 560 000 et 850 000 euros à cause des vols, avec plus de 1 200 appareils jamais retrouvés.
Les consoles de jeu volées samedi, notamment à Lyon, peuvent elles aussi être retrouvées grâce à leur numéro de série, inscrit sur la boîte. Les enquêteurs peuvent demander au fabricant quel compte s’est connecté à la console, avec l’adresse e-mail et l’adresse IP, et le fabricant peut ensuite la bannir de ses services en ligne.
Les plateformes de revente sous surveillance
Le lundi 19 octobre, Serge Papin, ministre chargé du Commerce, et Anne Le Hénanff, ministre déléguée au Numérique, ont reçu les plateformes de vente en ligne, dont Vinted et Leboncoin, en présence des ministères de l’Intérieur et de la Justice. Dans un communiqué publié le lendemain, Bercy explique qu’”un nombre important d’articles volés ont été identifiés sur des plateformes de vente en ligne”. Des cartes Pokémon volées dans une boutique parisienne étaient par exemple apparues sur Vinted dès le week-end. Les plateformes se sont engagées à surveiller les annonces qui proposent des prix anormalement bas, des lots de produits neufs ou des articles avec leur antivol, à transmettre aux enquêteurs les données qui permettent d’identifier les vendeurs, et à envoyer un premier bilan chiffré aux autorités sous 48 heures. La cellule VigE-commerce a également été activée pour coordonner les services de l’État. Pour l’acheteur, le recel est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, et le propriétaire d’un téléphone volé peut le réclamer à celui qui le détient pendant trois ans.