Une annonce faite pendant les résultats de SpaceX
C’est lors de la présentation des résultats du troisième trimestre de SpaceX, le mardi 20 octobre, qu’Elon Musk a abordé le sujet. Il a expliqué que les administrateurs indépendants de Tesla et de SpaceX avaient formé chacun de leur côté un comité spécial chargé de discuter d’une éventuelle fusion, et que ces comités avaient été créés à la demande des actionnaires. Aucun accord n’a toutefois été trouvé sur les conditions, et le patron des deux groupes a reconnu que considérer la fusion comme acquise serait exagéré. Elon Musk a par ailleurs précisé qu’il ne participait pas aux discussions, puisqu’il est en situation de conflit d’intérêts : “J’ai vraiment l’impression de faire des claquettes au milieu d’un champ de mines”, a-t-il déclaré, avant de parler d’une “étrange danse kabuki où deux groupes de personnes discutent et où je ne peux pas être dans la conversation” (traductions de la rédaction). Il a tout de même dit à titre personnel qu’une fusion lui semblait une bonne idée.
Une suite logique après le rachat de xAI et l’entrée en Bourse
Ce rapprochement s’inscrit dans une série d’opérations menées depuis le début de l’année. En février 2026, SpaceX a absorbé xAI, la société d’intelligence artificielle d’Elon Musk qui développe le chatbot Grok, et l’ensemble avait alors été valorisé autour de 1 250 milliards de dollars. Le 12 mars, Tesla a investi environ 2 milliards de dollars dans des actions de SpaceX, selon le document que le constructeur a déposé le lundi 19 octobre en vue de son assemblée générale. SpaceX est ensuite entrée en Bourse en juin, et depuis, les spéculations sur une union avec Tesla n’ont pas cessé.
Les deux entreprises travaillent d’ailleurs déjà ensemble sur Terafab, un projet d’usine de puces pour l’intelligence artificielle installé au Texas. Elon Musk a expliqué mardi que l’objectif était de “produire un térawatt de puces de superintelligence par an”, sans donner de date. Pour l’instant, le projet prévoit d’abord un centre de recherche à Austin, que Barclays estime à 3 milliards de dollars, puis une usine de production, qui coûterait selon la banque environ 16,8 milliards de dollars.
L’intelligence artificielle rapporte désormais plus que Starlink
Le contexte financier joue aussi en faveur d’un rapprochement, puisque SpaceX a présenté mardi des résultats bien meilleurs que prévu. Le groupe a réalisé 14,58 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre, soit près de 2 milliards de plus que ce qu’attendaient les analystes, et il a dégagé un bénéfice net de 4,4 milliards de dollars. Il faut préciser que la hausse vient surtout de l’ancienne activité de xAI, que SpaceX a rebaptisée “Super Intelligence”. Un an plus tôt, cette branche rapportait 813 millions de dollars par trimestre, elle en est aujourd’hui à 7,56 milliards, ce qui la place devant Starlink et ses 5,25 milliards. Pour l’essentiel, cet argent vient de la location de puissance de calcul aux géants du cloud, qu’Elon Musk décrit comme des clients qui le harcèlent sans relâche, en ajoutant que SpaceX pourrait louer sa capacité de calcul plusieurs fois. Le lendemain, l’action SpaceX gagnait environ 10 % avant l’ouverture de Wall Street, alors que Tesla progressait d’un peu moins de 2 %.
Barclays misait sur l’assemblée générale de Tesla
Avant même l’annonce de mardi, la banque Barclays pensait qu’une fusion pouvait être officialisée avant décembre. Dans une note publiée le 15 octobre, son analyste Dan Levy expliquait que Tesla devait réunir ses actionnaires au plus tard le 6 décembre, et qu’une fusion annoncée assez tôt pouvait donc être soumise au vote lors de cette assemblée. Pour Barclays, l’opération se ferait en actions, SpaceX rachetant Tesla et donnant ses propres titres aux actionnaires du constructeur, sans doute avec une prime. Quant à Elon Musk, il détient aujourd’hui environ 20 % de Tesla. Chez SpaceX, il possède près de la moitié du capital mais environ 82 % des droits de vote, car ses actions comptent dix fois plus que celles des autres actionnaires. Après une fusion, il garderait donc, selon les calculs de la banque, un peu plus du tiers du capital et la majorité des droits de vote du nouvel ensemble.
Ce calendrier semble cependant compromis. Tesla a fixé son assemblée générale au 3 décembre, en ligne et à la Gigafactory du Texas, et le document publié le 19 octobre ne contient aucune proposition de fusion. Les actionnaires voteront seulement sur la réélection d’Elon Musk, Robyn Denholm et JB Straubel au conseil d’administration, sur la rémunération des dirigeants pour 2025 et sur le choix du commissaire aux comptes. Côté Tesla, une fusion devrait en plus être approuvée par la majorité de toutes les actions existantes et pas seulement des votants, ce qu’Elon Musk a lui-même qualifié d’”obstacle assez élevé” (traduction de la rédaction). Barclays avait d’ailleurs prévu ce cas, en estimant qu’une opération annoncée hors de l’assemblée pourrait voir le jour dans un délai de six à douze mois. De son côté, Dan Ives, du cabinet Yorkville Ives, estime à plus de 80 % la probabilité d’une fusion l’an prochain.