Passer au contenu

Après le scandale Goncourt, ce prix veut récompenser le meilleur roman IA

2 min
0 commentaire
Partagez

Le premier concours littéraire réservé aux œuvres coécrites avec une intelligence artificielle ouvre ses candidatures.

Il y a un mois, la rentrée littéraire a connu un scandale d’un genre nouveau. Fraîchement couronné du Prix du roman Fnac, un livre publié chez Grasset a été retiré de la course au Goncourt. Son auteur, le Haïtiano-Canadien Thélyson Orélien, était accusé d’avoir fait écrire la quasi-totalité de son texte par une intelligence artificielle, sur la foi d’un logiciel de détection. Après plusieurs démentis, sa maison d’édition canadienne a finalement confirmé l’intervention d’une intelligence artificielle, et annoncé dans la foulée qu’elle ne travaillerait plus avec l’auteur.

Chez Goncourt comme chez la plupart des auteurs, l’utilisation de l’IA reste une ligne à ne pas franchir. Certains ont pourtant pris la situation à contrepied.

Un prix pour les auteurs IA

Le Prix Pascal se présente comme le premier prix littéraire à récompenser une œuvre de fiction coécrite avec une intelligence artificielle. Officialisé le 15 octobre par Alexandre Gefen, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des rapports entre littérature et numérique, lors d’une conférence en Normandie, le prix rassemble plusieurs jurés, dont l’identité sera dévoilée plus tard dans l’année.

Le nom du concours est un hommage direct à Blaise Pascal, monument de la littérature française, à qui on doit également la Pascaline, l’une des premières machines à calculer de l’histoire. Le règlement, lui, ressemble à celui de n’importe quel concours de manuscrits, avec quelques spécificités. Les candidats doivent soumettre un texte de fiction inédit, en français, de 300 000 caractères espaces comprises au maximum. Le concours est ouvert à toute personne physique ou morale, et doit être accompagné d’un résumé qui présente le projet, ainsi que d’un dossier technique, qui détaille le modèle de langage utilisé et les agents ou les prompts qui ont servi à l’écriture. Tous les grands modèles sont acceptés, de ChatGPT à Claude en passant par Gemini, Mistral ou LLaMA. Le jury ne lira d’ailleurs pas un manuscrit mais un « iauscrit », néologisme maison censé désigner un texte né de la collaboration entre un humain et une machine.

Le portail de dépôt est ouvert depuis le 20 octobre, et les candidatures fermeront fin novembre. Dix finalistes seront retenus, et le lauréat sera dévoilé début décembre. Il recevra une dotation dont le montant n’a pas été précisé, ainsi qu’une aide pour faire publier son manuscrit.

Un concours qui veut des textes « utiles »

Le Prix Pascal ne se contente pas de juger la qualité littéraire, évaluée « en toute indépendance » sur des critères esthétiques, narratifs et stylistiques. Il fixe aussi une condition de fond assez inhabituelle : l’œuvre devra être utile, alerter, ou proposer une réponse originale à un défi écologique, social ou éthique de l’humanité.

Reste à savoir qui sera considéré comme l’auteur d’un roman coécrit avec une machine. Le droit d’auteur français protège les « œuvres de l’esprit », soit les créations portant l’empreinte de la personnalité d’un être humain. Un texte entièrement généré par une IA n’a, en l’état, pas de titulaire de droits identifié. Tout l’enjeu est donc de savoir où placer le curseur entre l’outil et le coauteur.

Articles sauvegardés