Neuf questions, neuf réponses. Sur le papier, l’exercice était là pour rassurer les 25 millions de clients SFR. En réalité, l’exercice a surtout démontré que personne ne savait vraiment à quelle sauce ils allaient être mangés une fois le rachat acté. Rassurant, mais pas trop donc.
Une FAQ pour patienter jusqu’en 2030
C’est dans une foire aux questions que l’Arcep, le gendarme des télécoms, a tenté de rassurer les abonnés SFR. Pour rappel, Bouygues Telecom, Free et Orange se sont entendus pour se partager l’opérateur au carré rouge pour 20,35 milliards d’euros. Bouygues règle 42 % de l’addition, Free 31 % et Orange 27 %. Côté clients, Free doit récupérer les 6 millions d’abonnés RED by SFR et 1,6 million de clients SFR, Bouygues environ 5,9 millions de particuliers et l’intégralité de SFR Business, tandis qu’Orange hérite de quelque 4,9 millions de clients, dont ceux des opérateurs virtuels Syma, Coriolis et Réglo Mobile. Un sacré chambardement sur le marché des télécoms.
La première chose à comprendre, c’est que rien ne bougera avant longtemps. L’Autorité de la concurrence, qui a récupéré le dossier le 15 juillet après un renvoi de la Commission européenne, prévoit au moins 18 mois d’instruction pour examiner les trois opérations. Le rachat ne serait donc effectif qu’à la fin de 2027, au mieux. Les repreneurs estiment ensuite qu’il faudra 30 mois de transition, pilotés par une structure détenue à parts égales, pour répartir clients, réseaux et infrastructures. Certains abonnés pourraient encore recevoir une facture estampillée SFR à l’été 2030. D’ici là, aucune démarche n’est nécessaire, insiste le régulateur.
Sur le numéro de téléphone, en revanche, l’Arcep ne laisse aucune place au doute. La portabilité est un droit, pour le fixe comme pour le mobile. Si l’opérateur d’arrivée convient au client, la ligne bascule sans qu’il ait à lever le petit doigt. Dans le cas contraire, il sera libre de partir avec son numéro.
Adresses mail et factures, les deux angles morts
Les choses se gâtent quand on aborde les adresses électroniques. @sfr.fr, @neuf.fr, @numericable.fr, @cegetel.fr, @club-internet.fr : la liste dressée par l’Arcep ressemble à un cimetière de marques, vestiges d’un opérateur qui a avalé Neuf Cegetel en 2008 avant de passer sous le contrôle de Numericable en 2014. Pour toute réponse, le régulateur s’est contenté de citer l’article L44-1 du Code des postes et des communications électroniques, qui oblige un fournisseur d’accès à proposer à un client qui le quitte un accès gratuit au courrier reçu sur son adresse, pendant six mois après la résiliation. Au-delà en revanche, rien ne garantit le maintien de l’adresse.
Le problème, c’est que même dans le cas où ces adresses ne servent plus à envoyer des emails, certaines servent encore d’identifiant pour les impôts, la banque ou FranceConnect. Mieux vaut donc recenser dès maintenant les comptes qui y sont rattachés et organiser la migration à son rythme, plutôt que dans l’urgence d’un courrier de préavis.
Sur les prix en revanche, l’Arcep botte en touche : les conséquences du rachat seront examinées par l’Autorité de la concurrence, mais plus tard. Reste que SFR n’a pas attendu le feu vert des autorités pour revoir certains tarifs. Selon une enquête de l’UFC-Que Choisir publiée le 5 octobre, des abonnés ont vu leur facture grimper de 1,49 €, 2,49 €, voire 4,99 € par mois sur certaines offres Internet, parfois en échange d’une enveloppe de données plus généreuse. Ces hausses ont au moins un mérite : l’article L224-33 du Code de la consommation impose à l’opérateur de prévenir au moins un mois à l’avance de toute modification du contrat, et le client dispose ensuite de quatre mois pour le résilier sans frais.