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Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel

Arco est le premier long-métrage du français Ugo Bienvenu. Un film d’animation de science-fiction, coloré et poétique, qui enchante partout où il passe. Même au sein de notre rédaction.

Pas encore sorti dans nos salles, la réputation d’Arco le précède. Il a eu les honneurs d’être présenté en sélection officielle au Festival de Cannes, puis, il a obtenu le Cristal du long-métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy en juin dernier. On est à ça de revoir le film cité à la prochaine cérémonie des César ou, soyons fous, pourquoi pas aux Oscars ? Après tout, l’espoir est au cœur de l’oeuvre d’Ugo Bienvenu.

Nous sommes en 2932 et afin de laisser la planète se reposer loin des hommes, l’humanité vit dans les cimes, dans des maisons en forme de dôme au sommet de ses arbres artificiels. Un futur où l’on a appris à communiquer avec les oiseaux et où le voyage dans le temps est devenu réalité via des tenues volantes. Sauf pour Arco. Âgé de seulement dix ans, le garçon doit attendre son douzième anniversaire pour obtenir sa propre combinaison. Pressé de voir les dinosaures (comme tout gamin de son âge, y compris de nos jours), il décide de faire le mur et de réaliser son premier vol.

Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel
© Diaphana Distribution

Nous sommes en 2075 et l’humanité vit dans des bulles protectrices la protégeant des cataclysmes naturels fréquents. Les tâches quotidiennes ont été déléguées aux robots et on se parle par hologrammes. Une disparition du lien social, du lien familial qui occupe l’esprit d’Iris, jeune fille rêvant de changement. Un jour, un arc-en-ciel s’écrase à ses pieds, révélant un garçon de son âge portant une combinaison étrange.

Le dessin comme art de l’espoir

On comprend facilement pourquoi Bienvenu s’est tourné vers l’animation pour son récit de science-fiction. Certes, le cinéaste a de solides acquis en la matière, ayant fait l’école des Gobelins section cinéma d’animation, puis réalisé plusieurs courts-métrages ainsi que des bandes dessinées. Pour un premier long-métrage, le format semblait couler de source.

Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel
© Diaphana Distribution

Cela explique la maîtrise, mais pas la raison. Les productions de chair et d’os ont tendance à nous présenter un futur où les machines se rebellent, où la nature se révolte, où les hommes s’entre-tuent. Cela donne des récits plus cinégéniques, plus vendeurs. Le futur reste un théâtre où le cynisme, de l’histoire ou des concepteurs, joue les marionnettistes. Bienvenu préfère le contre-pied.

Dans l’usage de l’animation, dont les dessins rappellent les années 80/90, il y a une douceur. Douceur du trait, douceur des couleurs. Les plans ne comportent rien de superflu, tout reste épuré, faussement simpliste, et pourtant regorgeant de mille détails, de nuances colorimétriques. Bienvenu a ses récurrences d’une œuvre à l’autre (le robot Mikki, les lunettes…) et Arco est une nouvelle étape dans un art en constante transformation. Comme si son imagination n’avait pas de limite.

Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel
© Diaphana Distribution

L’histoire elle-même est une invitation à rêver. Oui, l’humanité a survécu à ses travers, elle a su évoluer au point où elle a fini par incarner cette beauté qu’on aperçoit dans le ciel lorsque la lumière vient frapper après la pluie. La chute du personnage éponyme n’est pas une fin, c’est un début, le début d’une espèce destinée à s’élever à nouveau. Le message est limpide, il y aura des lendemains qui chantent, où les machines auront disparu, mais où l’Homme, reconnecté à la nature, aura maîtrisé bien davantage.

L’image, la photo, le crayon, toute l’intrigue d’Arco tourne autour de cette idée d’un présent impossible à capturer – on pense à une scène où la caméra ne parvient pas à saisir l’événement – et d’un futur qui se dessine au travers les yeux d’Iris (nom ô combien révélateur). Empruntant des idées à Terminator, Your Name et tant d’autres, le long-métrage trace son propre chemin.

Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel
© Diaphana Distribution

Transformer les peurs en rêves

Un chemin qui n’a pas besoin d’antagonistes, ou presque. Dans ce choix scénaristique aussi, on retrouve cette envie du film d’aller constamment de l’avant, sans être retenu par un besoin impérieux et pourtant illusoire de se créer des méchants. Notre trio d’hurluberlus semblables aux Dalton (doublé par Vincent Macaigne, William Lebghil et Louis Garrel) ne sont que des enfants ayant grandi avec l’envie d’y croire, sans parvenir à être écoutés.

Contrairement à beaucoup d’auteurs de science-fiction, la machine n’est pas un objet de métal froid et sans âme ou un être artificiel destiné à la rébellion, elle peut être également un parent, une amie, une héroïne. Derrière chaque malheur (des parents absents, une vie prisonnière), il y a un bonheur sous-jacent qu’il est possible d’aller chercher si on arrive à recréer le lien. Le seul vrai adversaire reste le monde lui-même et notre incapacité à imaginer un meilleur avenir, notre immobilisme.

Critique Arco : un futur utopique où naissent les arcs-en-ciel
© Diaphana Distribution

L’art d’Arco est de prendre nos peurs, alimentées depuis des décennies par la réalité autant que la fiction, et de les transformer en rêves. Ugo Bienvenu est un utopiste qui ne laisse pas son récit se faire bouffer par les passages obligés. Le film fait 80 minutes et il n’a pas besoin davantage, préférant esquisser les lueurs d’un premier amour que de le laisser parasiter le reste. Il n’a pas besoin d’explications pompeuses de comment fonctionne la combinaison ou autre, juste d’apprécier les choses telles qu’elles sont.

Comme toute œuvre de science-fiction, Arco se plaît aussi à inventer son propre avenir, imaginant un monde à la fois palpable dans sa proximité avec le nôtre, qu’en poussant ses travers. Oui, dans quelques décennies, la dilatation du lien humain ou le désastre écologique peuvent être un quotidien. Pourtant, qu’est-ce qui nous empêcherait d’habiter les nuages et d’apprendre le langage du moineau encore plus tard ? Arco est une histoire de dérive, puis de correction.

Et au rythme des séquences défilantes, on se laisse gagner par l’émotion de ce que l’idée d’un meilleur futur permet, promet, et sacrifie aussi. Arco est une poésie qui se conclue par la douceur d’une larme coulant sur une joue. C’est autant une réflexion sur notre société qu’une invitation à espérer. Une œuvre cathartique en un sens, qui extrapole notre monde pour lui offrir une voie de sortie. Une voie de sortie qui a tendance à prendre régulièrement la forme du cinéma d’animation, cinéma de l’imaginaire par excellence, tout comme le magnifique Flow, sorti quelques mois plus tôt.

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Notre avis

Le cinéma d'animation se porte très bien, merci pour lui. Arco d'Ugo Bienvenu est une envie d'un monde meilleur, d'un espoir qu'après la pluie vient le beau temps, qu'il n'y a pas de plus grand danger que notre incapacité à ne plus croire en nous. Film politique, film écologique, film familial, film d'aventure, mais surtout film de mille émotions, et elles font toutes du bien.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 9 / 10

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