Vision Quest, de quoi ça parle ?
Si vous avez raté WandaVision et Agatha All Along ou tout simplement oublié les événements de ces deux séries, une petite piqûre de rappel s’impose. Wanda, submergée par son chagrin suite à la mort de Vision, tué par Thanos dans Avengers : Infinity War, laisse ses émotions prendre le dessus et transforme la ville de Westview. Elle la modèle à son image et prenant en otage ses habitants, qu’elle enferme dans un champ d’énergie hexagonal. Tout ce petit monde vit dans une réalité alternative tournant autour de Wanda, Vision ressuscité, et les deux enfants du couple, les jumeaux Billy et Tommy.
Cette anomalie créée par Wanda, le Hex, a évidemment des conséquences. Après avoir libéré les habitants de Westview et accepté ses pouvoirs de Sorcière Rouge, Wanda laisse sa projection de Vision s’en aller et disparaître. Mais avant de redevenir poussière, Vision transfère ses souvenirs au White Vision un synthézoïde assemblé à partir de son corps désincarné.
Ce dernier, après avoir affronté le Vision originel et accepté ses souvenirs, s’enfuit. C’est lui qu’on va donc suivre pendant huit épisodes dans Vision Quest. Ce dernier, pourchassé par le S.W.O.R.D, trouve refuge à Edimbourg, dans le bar où Wanda et lui avaient leur habitude. White Vision est en quête d’identité. Qui est-il vraiment ? Est-il Vision ou une simple copie de lui ? Qui est ce jeune Thomas, qui semble avoir des souvenirs d’une ancienne vie passée avec Wanda et lui ? Et surtout, qui menace sa paix intérieure et tente de l’obliger à se montrer au grand jour ?
Est-ce que la série est aussi originale que l’était WandaVision ?
WandaVision avait marqué les esprits en 2021 par son audace et sa fraîcheur. La série n’avait pas hésité à profiter de son terrain de jeu, à savoir la réalité alternative créée par Wanda Maximoff, pour transformer chaque épisode en un gigantesque clin d’œil aux sitcoms américains. The Office, Malcolm, Modern Family, Ma Sorcière Bien-Aimée, Mariés, deux enfants, elles y sont presque toutes passées et la réalisation de chaque épisode a fait mouche à l’époque.

VisionQuest s’amuse là aussi avec son public, mais pas de la même manière. Il n’est pas question de références à la TV américaine, mais plutôt d’intégrer le cerveau et les pensées intimes de Vision, le tout sous la forme d’une gigantesque maison et des nombreuses intelligences artificielles qui l’abrite.
Edith, Jarvis, Friday, toutes ces IA habituellement associées à Tony Stark et Iron Man sont ici des êtres à part, tous matérialisées de façon humaine dans l’esprit de White Vision. Et chacun veille à une fonction précise de l’espace mental de Vision. Jarvis est préposé à la sécurité, Edith mesure la prise de risques en faisant des simulations, Friday veille à la stabilité intégrale du système.
Il y a un petit plot twist concernant ces différentes intelligences artificielles, élément lié à la deuxième partie de la série et à ces révélations majeures, qu’on vous laissera le soin de découvrir. Visuellement, le parti pris est réussi, avec un décorum particulièrement léché, décalé aussi, à l’image des tenues portées par Vision et ses IA et l’ensemble est régulièrement porté par un ton humoristique bienvenu, et pas toujours “too much” comme dans la grande majorité des productions du MCU. On retrouve d’autres IA, comme Beta et Lambda, un duo assez drôle, mais efficace et, surtout, Ultron.
Le retour d’Ultron vaut-il le coup ?
Vision avait bien éliminé le dernier reliquat d’Ultron dans Avengers : l’ère d’Ultron mais il a choisi d’épargner une partie de son code. Pour quelle raison ? Parce que Vision a toujours eu un profond respect pour ses parents. Si Tony Stark et Bruce Banner sont bien ses géniteurs, Ultron est également responsable de sa création et c’est en tant que tel que White Vision va se tourner vers lui dans sa quête d’identité. On vous laissera aussi la surprise, mais sachez que la série fait une sacrée dédicace à WandaVision dans le dernier épisode. Et franchement, elle vaut le détour.

Mais revenons en à Ultron. Si vous aviez été frustré par la fin du perso dans Avengers : l’ère d’Ultron et son traitement tout court dans le film, là, l’entité artificielle créée par Stark et Banner s’amuse tout au long des huit épisodes de VisionQuest. Avec nos nerfs et celui de Vision, bien sûr. Tantôt mentor, tantôt fourbe, Ultron joue un double jeu en permanence et l’incertitude autour de ses intentions en font un des meilleurs personnages, en dehors des IA et de Vision, de la série, ni plus ni moins.
James Spader s’éclate et ça se voit, il n’a rien perdu de son sarcasme et de son mépris pour l’espèce humaine. La relation qu’il entretient avec Vision, entre paternalisme, rivalité et jalousie, aussi, est particulièrement bien traitée, du début jusqu’à la fin. En clair, Ultron a enfin le traitement qu’il mérite dans le MCU. Il était temps.
Bon, sinon, ça vaut quoi Vision Quest ?
Annoncé en 2022, Vision Quest aura mis quatre ans à voir le jour. Quatre ans, pendant lesquelles Agatha All Along aura relancé la machine initiée par WandaVision et introduit le personnage de Billy, l’un des deux jumeaux de Wanda et Vision et qui a hérité des pouvoirs magiques de sa mère pour devenir Wiccan. Vision Quest était donc attendu pour introduire Tommy, appelé à devenir le super-héros Speed. Ce dernier, comme son frère auparavant, ignore tout de ses pouvoirs et navigue en pleine schizophrénie, hanté par des souvenirs avec Wanda et Vision qu’il ne comprend pas et qui ne sont pas les siens.

Honnêtement, Vision Quest est un petit bijou visuel, qui se repose beaucoup sur le talent de Paul Bettany et de James Spader pour tenir son propos et ses enjeux. La série de Terry Matalas n’est pas aussi puissante que l’était WandaVision à son époque mais offre une fraîcheur dont le MCU a besoin, à l’image de ce qu’a proposé Wonder Man en début d’année.
Ses choix visuels, l’idée de matérialiser le code de Vision en un véritable univers, dans une maison, avec les IA les plus emblématiques de Tony Stark est vraiment bien amenée et tenue tout du long. En plus, le discours autour de l’intelligence artificielle est particulièrement judicieux, à une heure où l’IA inquiète autant qu’elle fascine. Mais… oui. Il y a un mais.

C’est un secret de Polichinelle, Vision Quest a un lien fort avec le premier Iron Man. La présence et l’annonce au casting de Raza, le chef terroriste lié aux Dix Anneaux qui enlève Tony Stark en Afghanistan l’avait déjà révélé. Si l’intrigue choisie par la série fait un excellent pont avec le premier film du Marvel Cinematic Universe, elle se rate un peu sur quelques personnages qu’elle introduit. Elle se manque notamment sur le retour de Raza, court et finalement inutile, si ce n’est nous offrir un petit brin de nostalgie.
L’un des méchants de la série, le Paladin, n’est pas particulièrement bien écrit, ni intéressant au fond. On a eu du mal à adhérer à sa mythologie et ses motivations. Il fait surtout office d’obstacle nécessaire à Vision, parce qu’il lui en fallait un. Un dernier mot enfin sur Tommy. Le deuxième fils du couple formé par Wanda et Vision est un des fils rouge de la série. Comme son père, il galère à comprendre ce qu’il est, ce qu’il devient et ce qu’il doit devenir dans le futur pour lui et ses proches.
C’est d’ailleurs là où Vision Quest a failli se perdre et nous perdre à un moment donné. La série abrite beaucoup d’enjeux, un peu trop d’ailleurs, mais parvient un peu miraculeusement sur la fin à tous les résoudre, pas toujours de la façon la plus convaincante qui soit. Enfin, si le discours général autour du progrès technologique, du transhumanisme et de l’intelligence artificielle colle parfaitement à notre quotidien et lui fait écho, la série a parfois tendance à complexifier son propos, ce qui le rend vraiment peu digeste et nous sort, par moments, du show.