En 1994, soit un an avant Mortal Kombat et le rire entêtant de Christophe Lambert dans la peau de Raiden, le jeu vidéo et plus précisément le monde du jeu de combat avait droit à l’adaptation en live action d’un de ses piliers, Street Fighter. Le film de l’époque, réalisé par Steven E. De Souza, misait avant tout sur son casting et plus précisément sur Kylie Minogue (Cammy), Raul Julia (M.Bison) mort un peu avant la fin du tournage et Jean-Claude Van Damme dans la peau du soldat Guile pour convaincre.
Surtout, Street Fighter : le film, oui car tel était son nom de code au moment de sa sortie dans les salles, avait eu le très mauvais goût de remixer à sa sauce les origines et la nature des différents combattants du jeu vidéo. Quitte à ce que ces derniers n’aient plus rien à voir avec leur modèle d’origine. Balrog avait troqué à l’époque ses gants de boxeur contre une caméra à l’épaule de cadreur, Honda etait un perchman hawaïen et non plus un sumotori, Dhalsim avait totalement oublié la méditation pour travailler en laboratoire, Ryu et Ken n’étaient pas les héros principaux du film et le premier envoyait même un flash de lumière en lieu et guise du célèbre Hadouken. Oui c’est gênant de lire tout ça aujourd’hui, alors imaginez la découverte sur grand écran à l’époque.
Un scénario fidèle au jeu vidéo et à Street Fighter II
Pourtant, plusieurs décennies après cette catastrophe, on se souvient encore de ce film, uniquement pensé autour de Van Damme, à tort, pour exceller. Cette fois, Paramount a pris le soin de changer son fusil d’épaule en décidant de réadapter le jeu Street Fighter. D’abord, fini les histoires alambiquées pour satisfaire telle ou telle tête d’affiche. Le film se repose sur l’essentiel et colle ainsi au jeu vidéo, plus précisément au scénario du jeu Street Fighter II. Ryu a remporté l’édition précédente du tournoi aux dépens de Sagat. Mais cette victoire a eu un prix.
Formé et rompu aux arts martiaux et à la maîtrise d’un art ancestral de combat, Ryu cède au côté obscur, le Satsui No Hado, ce qui l’entraîne dans une rage si folle qu’il en déchire le torse de Sagat, laissant ce dernier avec ce qui sera son iconique cicatrice. Ryu et Ken sont les deux protagonistes principaux de l’intrigue cette fois et ils vont devoir renouer leur lien de fraternité, distanciée suite à la victoire retentissante du premier et à la mort tragique de leur mentor, Gouken, pour s’opposer au terrible M. Bison. Ce dernier veut devenir l’homme le plus puissant du monde et convoque tous les combattants susceptibles de l’y aider dans un nouveau tournoi d’envergure. Car pour rendre son Psycho Power encore plus puissant et devenir l’être qu’il souhaite M. Bison a besoin de voler l’énergie de ses adversaires. Et celle de Ryu est de loin celle qu’il convoite le plus.
Une vraie différence entre ceux qui savent se battre… et les autres
Cicatrice de Sagat, Shadaloo, la société maléfique dirigée par M. Bison, Chun-Li qui cherche à venger son père, Vega avec son masque et sa griffe, Guile qui veut honorer la mémoire de son ami Charlie, cette fois, on ne les reprendra plus, le film Street Fighter adapte bien le jeu vidéo éponyme et reprend les éléments principaux de ce dernier. Honda est bien un sumotori cette fois. Il se bat dans des bains, avec vapeur bien sûr et son combat contre Ryu est littéralement, à nos yeux, celui qui est le plus fidèle, représentatif et calqué sur ce que propose le jeu vidéo.

Les mouvements d’Honda sont bluffants de fidélité, et si on pouvait craindre le rendu de certains effets spéciaux, pas de panique à ce niveau- là. Il y a du très bon, très très bon même comme les mouvements et les attaques de Blanka, le flash kick de Guile, ceux d’Honda donc ou encore la gestuelle signature d’Akuma, les mille coups de pied de Chun-Li (avec le bon goût de les ralentir à l’image afin de les rendre visibles, idem pour les poings d’Honda) et du moins bon, comme le Shoryuken et les coups de Ken.
On sent bien que Noah Centineo n’est pas un cascadeur ni un combattant né. Tout le contraire d’Andrew Koji, expert en la matière et qui nous offre quelques séquences exceptionnelles. On pense notamment à un mano à mano entre Ryu et Ken, dans lequel l’acteur s’amuse à humilier son ami d’enfance, qu’il ne veut pas blesser, en restant assis sur une chaise. Et il faut le voir pour le croire et pour l’apprécier.
Si vous avez suivi le making-of du film, vous avez du voir que le casting s’est investi, qu’il s’agisse des stars du catch comme Roman Reigns, à qui le rôle d’Akuma va comme un gant, Cody Rhodes, ringard au début, mais terriblement efficace en Guile, à condition d’aimer la dérision totale de l’écriture de son personnage, ou encore des autres (50 Cent…), ainsi que ceux qui, comme Andrew Koji, savent se battre. L’actrice incarnant Chun-Li, Callina Liang, a notamment gagné en tour de cuisse (6 cm) et en muscles pour être la plus fidèle possible à son personnage.
De l’animation, une fidélité au jeu et beaucoup de caricature au programme
Cette quête d’authenticité se ressent aussi dans les décors, les musiques et dans le background des personnages, respectés au point de virer, volontairement à la caricature. Ken est un homme à femmes, un homme qui aime faire la fête et qui peut faire preuve d’une bêtise affolante. Ryu est le ténébreux en quête de rachat, peu bavard mais soucieux du bien être de son ami. Quant à Bison, il cherche à être méchant et à asseoir sa crédibilité tout au long du film.
Ce souci de convaincre, le réalisateur Kitao Sakurai l’a poussé au point d’engager des champions du monde d’esport sur le jeu comme consultants pour mieux comprendre l’essence du jeu Street Fighter. Une surprise niveau réalisation se cache dans ce film, avec des séquences animées en guise de flashback, qui rappellent et c’est clairement le but, l’excellent film d’animation japonais de 1995. Et cela est d’autant plus surprenant que le film s’ouvre avec une séquence de ce type.

En tout cas, elle est aussi bienvenue que surprenante et apporte une vraie touche d’immersion au projet de Kitao Sakurai. Réputé pour mettre en scène des comédies, ce dernier a totalement rempli sa mission avec cette nouvelle adaptation de Street Fighter. Son film n’hésite pas à faire des clins d’œil réguliers aux jeux, voire même aux autres productions cinématographiques existantes, comme le film d’animation de 1995 par exemple.
Surtout son Street Fighter arrive à concilier deux notions : celle de la fidélité à une œuvre et la caricature, la deuxième lui permettant de se moquer des mouvements reproduits au pixel près pour respecter la première, ainsi que du caractère des personnages, histoire de ne pas trop les prendre au sérieux quand même.
Bison, tu es le maillon faible
C’est ça, Street Fighter version Kitao Sakurai : un respect du produit source, une dérision profonde du même produit aussi, tout cela en même temps et sans qu’aucun des éléments n’écrase l’autre. Mieux, on sent que les acteurs se sont amusés, qu’ils assument le côté ringard de leurs tenues. Cette bonne humeur rejaillit sur l’ensemble du long-métrage. Oui, car après tout, ça reste du jeu vidéo. Plus précisément, ça reste du jeu vidéo… au cinéma.

Cette nouvelle version peut-elle plaire à tout le monde ? Elle devrait, tant elle réhabilite le jeu sur grand écran, respecte son lore et place des pions pour la suite. Cette dernière, vu le final du long-métrage, semble prête à sortir du fourneau, à condition que le succès soit au rendez-vous.
Totalement surprenant, le casting assume son rôle et la pression de ne pas écorcher l’image du jeu et de ses protagonistes. Si on devait vraiment relever un point faible et négatif, c’est le personnage de M. Bison. Que ce soit Raul Julia hier ou David Dastmalchian aujourd’hui, peu importe on n’aura jamais droit à une version convenable de ce dernier sur grand écran. T
rop caricatural hier, il est beaucoup effacé ici. Il ne donne jamais les sentiments de puissance et de dangerosité qu’il est censé incarner. Dommage. Mais pas au point de passer à côté du film si ? Pas pour nous. Round 1, Fight… c’est à vous de jouer maintenant.