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Sur Netflix, pourquoi ce film avec Colin Farrell est un échec

On aurait tendance à dire que quand le réalisateur de À l’Ouest, rien de nouveau et de Conclave parle, on l’écoute. Surtout, s’il y a Colin Farrell dans la conversation. La sortie de Ballad for a Small Player sur Netflix prouve que ce n’est pas une généralité.

Edward Berger n’est pas un nouveau venu dans le milieu. Il a participé à des séries reconnues comme Your Honor, Deutschland 83, The Terror et il signait All My Loving en 2019. Pourtant, le bonhomme est devenu un réalisateur particulièrement populaire depuis un Oscar gagné pour À l’Ouest, rien de nouveau, film produit par Netflix qu’on ne vous conseille que trop. Alors quand, dans la foulée, il fait encore sensation avec l’excellent Conclave, on commence à se dire qu’il a définitivement pris son envol. Ballad of a Small Player vient remettre la réglisse au milieu du visage.

Sur Netflix, pourquoi ce film avec Colin Farrell est un échec
© Netflix

Tiré d’une nouvelle de Lawrence Osborne, le scénario de Rowan Joffe met en scène Colin Farrell et Tilda Swinton, soit du très beau monde, dans un décor digne de Las Vegas et pourtant assez sous-exploité au cinéma : une autre ville qui ne dort jamais, Macao. Une autre capitale du jeu à quelques encablures de Hong-Kong. Parfait théâtre de la déliquescence humaine.

L’histoire de Ballad for a Small Player

Lord Doyle est un aristocrate anglais ayant élu domicile dans un hôtel casino de Macao, en Chine. Mais depuis quelque temps, sa chance semble l’avoir quitté et même ses gants porte-bonheur ne font plus effet. Criblé de dettes, l’hôtel lui refuse même son service de limousines. Pire, une détective privée britannique (Tilda Swinton) retrouve sa trace et le somme de rembourser ses créanciers, car Doyle n’est pas vraiment celui qu’il prétend être.

Sur Netflix, pourquoi ce film avec Colin Farrell est un échec
© Netflix

Au bout du rouleau, il va faire la rencontre de Dao Ming (Fala Chen), une employée de casino en charge de quelques paris clandestins. Pris de compassion pour l’homme, celle-ci va lui offrir une chance de se refaire.

Grosse débauche pour petit joueur

Une chose qu’on n’enlèvera jamais à Berger, c’est sa capacité à aller sur des terrains différents à chaque film. Conclave ne pouvait être plus éloigné d’À l’Ouest, rien de nouveau et il en est de même pour Ballad for a Small Player. Le réalisateur et son directeur de la photographie James Friend épousent la folie de Macao, avec ses néons, son opulence. C’est peut-être le bon point du projet, celui d’avoir fait de la ville un personnage à part entière qui dévore les hommes, offrant à chaque nouveau décor une âme propre.

L’autre qualité évidente, c’est sa star principale. Colin Farrell incarne les obsessions de son personnage, son addiction, sa boulimie. Doyle est un joueur incapable de s’arrêter et l’acteur va puiser au plus profond de son misérabilisme. Il n’y a qu’à voir son visage déformé par la douleur lorsqu’il doit trouver un dernier billet. Mais l’enfer de Doyle n’est pas que les cartes, c’est aussi son incapacité à s’arrêter. Son appartement est jonché de cadavres de bouteilles, de nourriture. Il enchaîne les coupes de champagne alors qu’il n’aime pas ça, il déchire la chaire d’un homard à pleines dents alors que ses yeux crient à l’aide. Ballad for a Small Player pourrait être vu comme le portrait d’un suicide qui ne dit pas son nom.

Sur Netflix, pourquoi ce film avec Colin Farrell est un échec
© Netflix

Et cela aurait pu être un portrait formidable si Berger n’en rajoutait pas trop de couches. Dans le même esprit, Leaving Las Vegas laissait Nicolas Cage couler, là où ce long-métrage préfère couler en même temps que sa tête d’affiche. Farrell joue bien la carte de l’excès, sauf qu’il le fait au sein d’une production jouant également l’excès. Le réalisateur et son monteur Nick Emerson poussent l’esthétisme vulgaire au point de détourner l’attention de son protagoniste et on se fatigue très vite devant des changements de rythme incessants, des séquences épileptiques et des effets de style pompeux et inutiles.

On est d’abord fatigués, puis ennuyés par une mise en scène qui ne laisse jamais son scénario s’exprimer, quand il ne le saborde pas. Difficile de croire en la relation Doyle / Ming lorsque celle-ci ne prend pas le temps de s’installer, ou le personnage de Swinton qui a une scène intéressante pour beaucoup de vide autour. Le film ne dure que 100 minutes, mais on est excédés au bout de 20 par ce chaos. On pensait assister à un thriller psychologique, on finit par se contenter de bribes de scènes, de bribes d’explications face à un film qui préfère se regarder dans le miroir en se pensant magnifique, en se voulant corrosif.

Pourtant, lorsqu’on prend du recul, on s’aperçoit que Ballad for a Small Player n’a finalement rien de neuf à proposer sous les couches de vernis, le sujet ayant déjà été abordé plus d’une fois. Farrell a beau continué de nous convaincre de l’immense acteur qu’il est, il est parasité par un manque d’empathie de notre part, usés par toutes ces lumières criardes et cette caméra qui tente absolument de rendre le vide superbe. Un film Netflix qui se voulait beaucoup trop beau pour son propre bien et qui contredit l’expression « jamais deux sans trois » pour son réalisateur. Il aurait peut-être mieux fallu rester petit joueur…

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