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Critique Yoroï : un Atoman bis ou une vraie bonne proposition, que vaut finalement le nouveau film d’Orelsan ?

Dix ans après Comment c’est loin, Orelsan fait son retour au cinéma, toujours à l’écriture avec Yoroï, film réalisé par David Tomaszewski et qui sort ce mercredi en salles. Vraie proposition, mélange de genres, biopic déguisé ou simple egotrip cinématographique, que vaut donc ce long-métrage d’1h56 mettant en scène le rappeur de Caen ?

Et si, finalement, la réponse se cachait quelque part parmi toutes ces propositions ? Parce que Yoroï n’est pas juste un film lambda. Il est multiple et simple à la fois, du moins dans son lancement, avant de nous embarquer dans autre chose, et notamment les délires et les peurs d’un artiste toujours aussi phénomène, une vingtaine d’années après ses débuts.

Orelsan Pensif Yoroï
© Sony Pictures

Chaque nouveau son, chaque apparition, chaque prise de parole d’Orelsan est un événement et à chaque fois l’artiste joue le jeu, car il ne cesse d’être créatif pour proposer toujours quelque chose à sa communauté. Le passé le prouve avec les fameux tickets d’or dans un de ses albums. Là, pour Yoroï, Aurélien Corentin, ses véritables prénom et nom civils – on y reviendra – à mouillé le maillot et c’est le cas de le dire pour ce fervent supporter du club de Caen : il a été omniprésent pour la promotion du film, de son film, puisqu’il l’a co-écrit.

Yoroï ou l’idée de toujours proposer à son public quelque chose de nouveau

Il a encore annoncé, il y a quelques heures via ses réseaux sociaux, la sortie d’un nouvel album, venant sérieusement doper l’annonce précédemment faite d’une nouvelle tournée dès janvier 2026. Il a pris du muscle pour les scènes d’action, il a porté ce bébé quelques années, et s’il est bien question de paternité dans le film, cela a aussi été le cas dans la vraie vie, puisque sa compagne est tombée enceinte pendant l’écriture du long-métrage.

Orelsan En Armure Yoroï
© Sony Pictures

Bref, Orelsan s’est livré comme jamais et cela tombe bien, c’est exactement ce qu’il fait dans Yoroï. Le mot, japonais, signifie armure et c’est autour d’une relique de ce genre, chère à cet artiste chevronné aux mangas japonais, à Dragon Ball et aux Chevaliers du Zodiaque notamment, que l’intrigue du film va tourner. Aurélien Cotentin, lui-même donc, sort d’une tournée éprouvante.

Un film intime et pas juste drôle

À bout, au bord du burn-out suite à toutes les sollicitations dont il est l’épicentre, il décide de plier bagage et de partir loin, au Japon, avec sa femme, histoire de souffler et surtout de préparer la venue de son premier enfant. Une sorte de retraite quoi. Ou de… Fuite en avant, titre d’ailleurs de son prochain album, prévu pour le 7 novembre prochain.

On sent bien une part de vécu dans ce pitch et une façon pour Orelsan d’évoquer plusieurs peurs : la paternité, la parentalité, l’engagement, l’introspection et la remise en question… Thèmes que l’on retrouvera forcément dans cet album à venir début novembre, Orelsan ayant confié qu’il était un prolongement du film. Sans pour autant être totalement dépendant de ce dernier, bien qu’on retrouve les musiques inédites de Yoroï dedans.

Une armure un peu trop collante et un peu trop maudite aussi

Revenons-en à ce dernier. Les angoisses d’Aurélien, ces peurs et d’autres – mais chut, vous verrez le film hein – sont toutes matérialisées par des Yokaïs, des démons du folklore japonais, qui prennent vie en se nourrissant de ces craintes. Pas que, puisque l’armure que ce dernier va trouver au fond d’un vieux puits et qui va lui aller comme un gant – façon magnet, dit-il dans le film, ce qui ne peut que rappeler aux plus vieux les fameuses armures des Chevaliers du Zodiaque à monter soi-même, quel enfer – est maudite et de facto, attire quoi qu’il arrive ces fameux démons.

Orelsan Et Nanako Yoroï
© Sony Pictures

Voilà comment Yoroï bascule très vite dans la comédie, avec de l’absurde, du comique de situation et des combats toujours plus décalés les uns que les autres. Chaque soir, Aurélien et sa femme Nanako, jouée dans le film par Clara Choï, se retrouvent à affronter des hordes d’ennemis, le premier sans savoir se battre et avec une armure inefficace niveau protection et la deuxième enceinte jusqu’au cou. Chaque combat amène des situations toujours plus drôles, et cela l’est autant par l’imagination débordante des équipes du film que par le casting, qui suit la vibe d’Orelsan.

Du Orelsan 100 % dans le texte et même dans l’action

Ce dernier est fidèle à lui-même, dans le ton. Il ne joue pas autre chose que sa personne et son phrasé nonchalant offre ce qu’il faut de décalage à l’action pour rendre ces interventions en totale contradiction avec l’énergie déployée par Clara Choï, véritable sensation de ce film soit dit en passant. Ce duo décalé marche bien, avec une complicité évidente, portée par une chorégraphie de combat léchée, tout comme les effets spéciaux d’ailleurs.

Orelsan Et Nanako Bis Yoroï
© Sony Pictures

David Tomaszewski, habitué à travailler avec Orelsan sur plusieurs de ses clips, a rendu une copie propre à ce niveau – bien qu’on puisse débattre de quelques effets visuels ici ou là – et on sent que l’artiste, passionné d’arts martiaux, s’est particulièrement investi dans les scènes d’action – quel bonheur de le voir envoyer des mandales et des high-kick à la face de ces ennemis – pour que ces dernières soient les plus percutantes et authentiques possible. Peu ou presque pas de doublage sur ces fameuses scènes, c’est bel et bien Orelsan qui se bat et exprime le fruit d’un travail débuté plusieurs années avant la sortie de Yoroï.

Un propos qui se répète et qui perd en force aussi

C’est, à nos yeux, sur la durée, que le film perd de sa puissance et de son aura. Alors que le cocon familial – le vrai avec ses parents et son frère mais aussi celui construit dans le travail, avec ses producteurs Skread et Ablaye – s’invite au casting lui aussi, Orelsan se retrouve à devoir s’affronter lui-même. La partie, qui a du sens et de l’humour aussi, est celle qui se montre finalement assez lourde, notamment au niveau de son propos. Il est question de gestion de la notoriété, d’égo, d’identité, des thèmes finalement déjà très vite identifiés plus tôt dans le film.

On comprend l’idée de les exposer autant et de manière aussi répétitive, et elle ne peut être qu’appréciable, puisqu’elle rapproche encore plus sérieusement l’artiste de son public. On valide moins l’exécution en revanche, toujours aussi délicate finalement quand un film aux trois quarts drôle décide de se prendre un peu trop au sérieux dans sa dernière partie. Si le film file à toute vitesse ou presque une fois son cadre posé, sa conclusion, voire sa deuxième partie tire un peu trop en longueur et perd en rythme.

Toutefois, impossible de ne pas ressortir de Yoroï avec la banane. Le sentiment d’avoir vu un truc totalement décalé, mais drôle et qui fait du bien. Et, soulignons-le et bien, une bande-son aux petits oignons, électrique, vivante, puissante et entraînante, du début jusqu’à la fin, avec du Orelsan dans le texte évidemment. Mais pas que, puisque Yoroï, à défaut de vraiment nous faire voyager au Japon – dommage et c’est là un des autres bémols du film d’ailleurs – surfe aussi sur de la musique coréenne ou japonaise.

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Notre avis

Yoroï est une vraie ouverture de la part d’Orelsan à ses fans, dans lequel il se livre vraiment personnellement, un peu (trop) au chausse-pied dans sa deuxième partie mais avec honnêteté et le phrasé qui le caractérise. Pour le reste, on a droit à un film aux effets spéciaux propres, aux combats léchés, à l’humour savamment distillé et aux références multiples. Ce n’est pas parfait, ni le film de l’année, mais c’était bien et ça fait du bien. L’Artiste et Atoman peuvent en prendre de la graine.

L'avis du Journal du Geek :

Note : 7 / 10

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