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Brainrot : c’est quoi cette tendance complètement absurde qui pourrit TikTok ?

Des fruits en IA qui pleurent dans une fausse téléréalité, un crocodile-bombardier de la Seconde Guerre mondiale, et Oasis qui sort une canette collector. Le brainrot n’est plus un phénomène de niche. Mais c’est quoi au fait ?

Le buzz a rapidement pris. En quelques semaines, un compte TikTok mettant en scène des fruits anthropomorphes générés par IA a fait exploser tout TikTok. Au point de rapidement devenir l’un des plus rapidement suivis de l’histoire de la plateforme. Élu mot de l’année 2024 par le dictionnaire Oxford, le “brainrot” (littéralement pourriture de cerveau) s’est offert une définition simple et franchement déprimante, en théorisant l’effet de détérioration mentale causé par la surconsommation de contenus numériques de faible qualité, notamment via le défilement compulsif sur les réseaux sociaux (le fameux doomscrolling).

Une tendance née en Italie

C’est sur ce terreau que l’Italian brainrot a germé début 2025. Légende urbaine oblige, la genèse du projet remonterait à octobre 2023, à travers une série de mèmes parodiant Dwayne Johnson, dans lesquels l’acteur prononce la phrase “Tralalero tralala”. Un utilisateur TikTok s’en empare au début de l’année dernière, pour créer le personnage éponyme : un requin à trois pattes portant des sneakers Nike, qui scande des phrases absurdes en italien. Le compte est rapidement banni, mais la vidéo explose. En quelques semaines, une galaxie de créatures hybrides envahit les plateformes. Bombardiro Crocodilo (un bombardier de la Seconde Guerre mondiale avec une tête de crocodile), Ballerina Cappuccina (une ballerine avec une tasse de cappuccino en guise de tête), Brr Brr Patapim (mi-humain, mi-arbre), Tung Tung Tung Sahur (un tambour en bois anthropomorphe d’origine indonésienne).

Tous portent des noms à consonance italienne, tous ont le point commun d’avoir été générées par des outils d’IA. Rapidement, l’Italian brainrot prend de l’ampleur. Avec son esthétique volontairement moche et son incohérence assumée, le phénomène devient le symbole de la décadence de toute une génération IA. Contrairement aux backrooms ou aux creepypastas bien connus des internautes, le brainrot n’a aucune ambition, si ce n’est d’être le plus viral possible. Pas d’histoire, pas de lore, pas de cohérence interne. Juste des créatures grotesques avec des voix synthétiques à l’accent exagéré, destinées à cumuler des vues le plus vite possible.

Quand le brainrot devient une industrie…

Le vrai succès du brainrot n’est pas sur TikTok. Après une première vague de contenus viraux sur les réseaux sociaux, les personnages ont été intégrés dans Roblox, sur la plateforme favorite de la génération Alpha, où ils sont devenus des objets de convoitise et de spéculation. La mécanique est aussi vieille que les cartes Panini et aussi récente que les NFT, mais elle a le mérite de fonctionner.

En Italie, plusieurs kiosques à journaux ont commencé à vendre des jeux de cartes à collectionner Skifidol Italian Brainrot, l’équivalent contemporain des Crados des années 80, destinés à un jeune public. Au Japon, des peluches à l’effigie des personnages ont commencé à émerger. Car c’est bien là le point central du phénomène brainrot : les personnages ayant été générés par IA, ils n’appartiennent à personne. Tout le monde est donc libre de les reprendre et de les exploiter à sa guise. Ce qui fatalement, a conduit à la mise en scène de discours problématiques : si personne n’est responsables de Bombardiro Crocodilo, il peut librement faire références au bombardement de civils à Gaza. Même chose pour Fraisita, régulièrement humiliée par son compagnon Bananito sur fond de misogynie crasse et de violence domestique.

… qui n’appartient à personne

En droit français comme dans la plupart des pays européens, le droit d’auteur protège les œuvres originales portant l’empreinte d’un auteur humain identifiable. Les personnages brainrot, générés par IA, repris et modifiés collectivement, ne remplissent généralement pas ces critères. Résultat : n’importe qui peut s’en emparer, les commercialiser, et même les adapter au cinéma. En mai 2025, la société de production indonésienne Dee Company a d’ailleurs annoncé son intention de faire un film sur Tung Tung Tung Sahur. Son “créateur” a depuis annoncé s’être entouré d’une équipe juridique pour faire valoir ses droit, et construire, a posteriori, une protection juridique autour du personnage. La démarche est inédite, et elle illustre une faille béante dans notre architecture juridique face aux créations IA : on ne sait pas encore qui protéger, ni comment, ni contre qui.

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