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Ces appareils Amazon sont l’arme secrète des pirates de l’IPTV

Très populaires, les Fire TV d’Amazon se retrouvent au cœur d’une tempête médiatique. Ils sont accusés de faciliter le piratage IPTV.

Très populaires, les Fire TV d’Amazon se retrouvent au cœur d’une tempête médiatique. Un rapport accablant du cabinet Enders Analysis les désigne comme un « facilitateur de piratage » majeur, permettant l’accès illégal à des contenus protégés, notamment sportifs, pour une valeur estimée à des « milliards de dollars ». Si d’autres géants de la tech sont également pointés du doigt, c’est bien le dispositif d’Amazon qui cristallise les critiques pour son rôle central dans cette « échelle industrielle de vol ».

C’est une accusation directe et sans fard : les Fire TV Stick, ces petits appareils si pratiques pour accéder à nos services de streaming préférés, seraient devenus l’outil de prédilection d’une armée de pirates. Le rapport intitulé Piratage vidéo : les géants de la technologie ne veulent manifestement pas s’attaquer au problème d’Enders Analysis ne mâche pas ses mots et pointe du doigt la responsabilité d’Amazon, Google, Meta ou encore Microsoft dans le piratage IPTV. Et c’est bien le géant américain de l’e-commerce qui cristallise les reproches.

Selon Nick Herm, directeur des opérations de Sky Group, les Fire TV Stick représenteraient « environ la moitié du piratage au Royaume-Uni ». Une statistique corroborée par des données fournies à Enders par Sky pour le premier trimestre 2024, indiquant que 59 % des personnes au Royaume-Uni ayant admis avoir regardé du contenu piraté via un appareil physique avaient utilisé un produit Amazon.

Fire TV Stick : l’outil préféré des revendeurs d’IPTV pirates ?

La méthode est souvent la même et consiste à « jailbreaker » (déverrouiller) les appareils pour permettre l’installation d’applications tierces non vérifiées, ouvrant ainsi la voie à des flux illégaux, en particulier pour les retransmissions sportives en direct, qui attirent des dizaines de milliers de spectateurs par événement. Si l’utilisateur peut le faire lui-même afin de connecter son IPTV pirate, certains vendeurs proposent une solution tout-en-un avec les services illégaux déjà installés. La promesse est alléchante pour l’utilisateur qui ne vend pas se compliquer la tâche, surtout que la légitimité de la marque Amazon peut induire en erreur. « Les gens pensent que parce que c’est une marque légitime, cela doit être acceptable. Alors ils donnent leurs coordonnées de carte de crédit à des gangs criminels », soulignait Nick Herm lors du Business of Football Summit du Financial Times. Il déplorait alors qu’« Amazon ne s’engage pas autant avec nous que nous le souhaiterions ».

Au Royaume-Uni, la justice a d’ailleurs commencé à sévir contre ceux qui transforment et revendent ces dispositifs modifiés. Des peines de prison ferme ont été prononcées, illustrant la gravité du problème. Dans d’autres pays, ce sont les utilisateurs qui commencent à recevoir des amendes.

Face à ces accusations, Amazon, qui est lui-même un acteur majeur du streaming avec Prime Video et détenteur de droits sportifs (comme Roland-Garros en France), se défend. Un porte-parole a déclaré à Ars Technica que « le contenu piraté viole nos politiques concernant les droits de propriété intellectuelle et compromet la sécurité et la confidentialité de nos clients ». L’entreprise assure travailler « avec les partenaires de l’industrie et les autorités compétentes pour lutter contre le piratage », interdire les applications litigieuses sur son Appstore et avertir les clients des risques liés à l’installation d’applications provenant de « sources inconnues ». Amazon affirme également avoir apporté des modifications à ses appareils Fire pour rendre plus difficile le streaming de contenu piraté.

Google, Microsoft et Meta sont aussi pointés du doigt

Cependant, pour les auteurs du rapport Enders et de nombreux acteurs de l’industrie, ces efforts semblent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. D’autant que la problématique des Fire TV s’inscrit dans un contexte plus large de défaillance des systèmes de protection. Le rapport épingle aussi Google et Microsoft pour la « dépréciation continue » de leurs systèmes de gestion des droits numériques (DRM), Widevine et PlayReady, jugés « compromis » et ayant besoin d’une « refonte complète ». Meta (Facebook) est aussi critiqué pour la diffusion de publicités menant à ces services illégaux.

Des « milliards de dollars » de manque à gagner

L’impact financier est colossal pour les détenteurs de droits comme DAZN, qui parle d’une « quasi-crise », ou Sky, qui chiffre ses pertes en « centaines de millions de dollars ». Au total, le rapport Enders indique que le Fire TV d’Amazon seraient à l’origine « de milliards de dollars de piratage ». Si les utilisateurs de services pirates s’exposent à des risques de sécurité (phishing, malware), l’argument du coût élevé et de la fragmentation des offres légales de streaming revient souvent pour expliquer cet engouement pour l’illégal.

Reste que la facilité avec laquelle les Fire TV Stick peuvent être détournés de leur usage premier en fait une cible privilégiée des critiques. La question demeure : Amazon et les autres géants de la tech prendront-ils des mesures suffisamment drastiques pour endiguer un fléau qui prospère grâce à leurs propres technologies ? L’industrie du contenu, elle, perd patience.

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