Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le seuil des 10 000 pas par jour ne vient pas d’une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou d’un consensus médical. Il remonte en réalité à une campagne publicitaire japonaise lancée en 1965. Une entreprise y commercialisait un podomètre nommé manpo-kei, littéralement “compteur de 10 000 pas”. Ce chiffre rond, facile à retenir et visuellement fort, s’est rapidement imposé dans l’imaginaire collectif, sans que des preuves scientifiques ne viennent réellement l’étayer !
Des études qui nuancent largement le mythe
Depuis, les chercheurs ont tenté de déterminer si cette barre symbolique de 10 000 pas était justifiée. Et les résultats sont beaucoup plus nuancés. Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine en 2020 a suivi plus de 16 000 femmes âgées, montrant que dès 4 400 pas par jour, les risques de mortalité diminuaient sensiblement, avec des bénéfices croissants jusqu’à environ 7 500 pas, au-delà desquels l’effet semblait plafonner.
Des conclusions similaires ont été tirées dans d’autres travaux, notamment une méta-analyse parue en 2022 dans The Lancet Public Health, qui confirmait qu’un volume de marche situé entre 6 000 et 8 000 pas par jour était déjà largement suffisant pour observer des bénéfices cardiovasculaires et métaboliques chez les plus de 60 ans.
“L’idée que l’on doit absolument atteindre 10 000 pas est largement surestimée“, explique le Dr Catrine Tudor-Locke, épidémiologiste de l’activité physique, souvent surnommée “la papesse du podomètre”. “Ce qu’il faut, c’est sortir de la sédentarité, bouger régulièrement, même si c’est moins.”
Moins de pas, mais mieux bouger
L’un des enseignements clés de ces recherches est que la qualité de la marche compte autant que la quantité. Une marche dynamique, même sur une courte durée, peut avoir plus d’impact qu’une longue promenade lente. L’intensité joue donc un rôle majeur.
“Marcher 5 000 pas à allure soutenue chaque jour, c’est bien plus bénéfique que 10 000 pas étalés lentement sans effort cardio“, note le Pr François Carré, cardiologue et médecin du sport au CHU de Rennes. “Et surtout, cela contribue à casser les périodes prolongées d’inactivité, qui sont le vrai poison de nos modes de vie.”
Le ministère de la Santé français recommande d’ailleurs 30 minutes d’activité physique modérée par jour, sans forcément mentionner un objectif de pas. Monter les escaliers, jardiner, faire ses courses à pied, sortir le chien : toutes ces activités comptent.
Une recommandation à adapter selon les profils
Bien sûr, les besoins peuvent varier selon l’âge, l’état de santé et les habitudes. Pour les personnes sédentaires ou âgées, viser 4 000 à 6 000 pas par jour peut déjà être un immense progrès. À l’inverse, pour des profils très actifs ou sportifs, ce seuil peut sembler très bas. L’idée n’est donc pas d’imposer une norme universelle, mais de progresser à partir de son propre niveau.
“C’est une erreur de faire culpabiliser les gens s’ils ne franchissent pas cette barre mythique“, insiste le Pr Carré. “L’objectif, c’est de bouger un peu plus chaque semaine, pas de suivre religieusement un chiffre arbitraire.”
Alors, faut-il continuer à viser les 10 000 pas ?
Si vous êtes déjà actif, les 10 000 pas peuvent rester un bon repère, un challenge motivant, surtout s’il vous pousse à bouger davantage. Mais il ne doit pas devenir une source d’angoisse ou de découragement. Ce n’est ni un seuil minimal de santé, ni un objectif indispensable.
À l’heure où l’on passe en moyenne plus de 7 heures par jour assis, l’enjeu est ailleurs : réintroduire du mouvement dans son quotidien, de manière régulière, pratique, et plaisante. Marcher un peu chaque jour, même loin des 10 000 pas, est toujours mieux que ne rien faire.
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