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Ligue 1 : la LFP lance sa chaîne à 14,99 €, un pari audacieux face à l’incertitude

C’est officiel, mais le plus dur commence. La Ligue de Football Professionnel a acté ce mardi 1er juillet la création de sa propre chaîne pour diffuser la Ligue 1. Un projet né des cendres de négociations avortées, qui ressemble à un véritable saut dans l’inconnu à quelques semaines seulement de la reprise du championnat.

Le communiqué de la Ligue, tombé ce mardi, se veut triomphant. Après des réunions successives, les instances du football français ont adopté « à l’unanimité un projet stratégique majeur » : une plateforme TV et digitale « entièrement dédiée à la Ligue 1 McDonald’s ». Sur le papier, la promesse est plutôt alléchante pour les supporters. Dès le 15 août, pour 14,99 € par mois (avec engagement), ils auront accès à huit des neuf matchs de chaque journée en direct et en exclusivité, ainsi qu’à un grand magazine en clair le dimanche soir.

Une offre « populaire et accessible », selon les mots de la LFP, qui espère capitaliser sur l’affluence record de la saison passée pour transformer l’essai.

Derrière la façade, les coulisses d’une crise

Pourtant, derrière cette annonce volontariste se cache une réalité bien plus complexe. Ce « projet ambitieux » est avant tout un plan B, une solution de rupture activée en urgence après l’échec cuisant des discussions avec les diffuseurs traditionnels, et notamment avec le partenaire historique, Canal+.

La pilule est amère et Nicolas de Tavernost, le nouveau patron de la filiale commerciale de la LFP, ne s’en cache qu’à moitié. « J’aurais bien aimé faire affaire avec Canal+, qui est un bon partenaire, mais pas au point de leur donner, sans contrepartie, la distribution et des matchs ! », a-t-il confié au Monde. En cause, un fossé financier entre la proposition de Canal+ (jamais formulée par écrit, précise la Ligue), estimée à 100 millions d’euros par an, et la LFP qui en espérait le double.

Le « non » retentissant de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a donc forcé la Ligue à devenir son propre diffuseur. Une révolution qui inquiète plus qu’elle ne rassure de nombreux présidents de clubs, habitués à se partager un gâteau de plusieurs centaines de millions d’euros.

Un contre-la-montre est engagé

À moins de sept semaines du premier coup de sifflet de la saison, les questions en suspens sont légion. La plus cruciale est évidemment celle de la distribution. Sans l’appui de Canal+, la LFP multiplie les discussions avec les fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free, SFR) et les autres géants du streaming comme Prime Video ou Disney+. Ironie du sort, même DAZN, l’ancien diffuseur avec qui le divorce vient d’être consommé moyennant une indemnité de 85 millions d’euros, est de retour à la table des négociations.

L’autre chantier majeur est celui de la production. Qui réalisera les magazines, les multiplex, les avant et après-matchs ? Les deux poids lourds en lice sont 21 Production (groupe L’Équipe) et Mediawan. Une décision est attendue d’ici le début de la semaine prochaine. Par ailleurs, le nom du commentateur Xavier Domergue (M6) circule déjà pour devenir l’un des visages de la chaîne.

Le modèle économique, lui, reste plus que fragile. Avec un coût de lancement estimé à près de 66 millions d’euros, les seules recettes garanties à ce jour sont les 78,5 millions de BeIN Sports (qui conserve la diffusion d’un match le samedi à 17h) et l’indemnité de DAZN. Pour le reste, tout dépendra du nombre d’abonnés.

Une conférence de presse le 10 juillet devrait lever le voile sur les derniers détails. Mais en coulisses, la course contre la montre est lancée pour transformer ce pari risqué en succès et éviter que le football français ne s’enfonce dans une crise financière encore plus profonde.

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